Ce vendredi 18 septembre, au centre administratif de Strasbourg, la maire Catherine Trautmann a présenté les résultats de l’audit financier de la Ville et de l’Eurométropole, confié au cabinet Deloitte. Ce rendez-vous, très attendu, marque le premier grand moment politique de sa mandature et donne le ton des arbitrages budgétaires à venir. Selon les conclusions présentées, la dette de la collectivité a fortement progressé depuis 2020, l’épargne s’est effondrée, et la capacité de la Ville à rembourser ses emprunts dépasserait désormais le seuil d’alerte fixé par la loi.
Face à ces résultats, Catherine Trautmann s’est montrée sans détour : « Strasbourg est dans le rouge sur le plan budgétaire après 6 années de gestion de l’ancienne majorité. Je vous dois la vérité, parce que vous m’avez beaucoup interrogée sur la situation financière de notre ville. L’audit indépendant que nous avons engagé révèle une situation beaucoup plus grave que nous ne l’imaginions. Ce constat m’indigne ! La dette de notre ville a augmenté de 105 % avec 253 millions empruntés. Elle a plus que doublé. L’épargne de la ville est négative en 2026. Strasbourg est aujourd’hui en situation de surendettement. » La maire a néanmoins tenu à rassurer sur la suite : « Apaiser, réparer, redresser : c’est l’engagement que j’ai pris. Nous allons donc redresser pour retrouver les moyens d’agir pour vous. Strasbourg ne va pas s’arrêter là. Vous pouvez compter sur moi. »
Selon l’audit, des économies devront être trouvées dès 2027 pour retrouver une trajectoire plus soutenable, aussi bien à la Ville qu’à l’Eurométropole. Un débat d’orientation budgétaire est prévu en janvier, suivi d’un vote en mars, sans qu’aucun abandon officiel de projet n’ait été annoncé à ce stade.
Syamak Agha Babaei : « une mise en scène dramatique » et un cabinet contesté
Ancien premier adjoint à la mairie sous la mandature Barseghian et aujourd’hui élu d’opposition, Syamak Agha Babaei ne mâche pas ses mots face à la démarche de la nouvelle majorité. Il critique d’abord le choix même du prestataire retenu pour mener l’audit :
« La majorité conservatrice de Catherine Trautmann a confié à une multinationale de conseil privé, Deloitte, un audit sur les finances de la ville. Un cabinet déjà épinglé pour avoir rendu des rapports contenant des références inventées par une IA, et des citations erronées. » Il va plus loin en dénonçant la méthode retenue pour présenter les chiffres : « Face aux annonces de la majorité, qui avance des chiffres manipulés aux visées apocalyptiques, certains rappels élémentaires s’imposent. Non, la capacité de désendettement de la ville n’a pas doublé entre 2025 et 2026. La fabrique de ce ratio présente de sérieux biais méthodologiques, et tente d’effacer la responsabilité des premiers arbitrages de Catherine Trautmann, comme la diminution des recettes de stationnement. »
Il rappelle également qu’aucune procédure de tutelle n’a été engagée par les autorités compétentes : « Si la situation était aussi dramatique qu’on le prétend, la Chambre régionale des comptes aurait déjà agi et la Ville serait sous tutelle. Ce n’est pas le cas. La CRC a examiné nos comptes, elle a appelé à la vigilance, elle n’a déclenché aucune procédure de redressement. » Pour l’élu, cet audit sert surtout de prétexte à l’arrêt de projets engagés dans les quartiers : « Il y a aussi un état d’esprit revanchard. Pendant tout le mandat précédent, pendant la campagne, et encore aujourd’hui, ils n’ont de cesse d’effacer les projets. »

Jean-Philippe Vetter (LR) : une situation « préoccupante » mais pas une surprise
Président de la commission des finances et élu d’opposition Les Républicains, Jean-Philippe Vetter adopte une position plus mesurée, reconnaissant la réalité des difficultés budgétaires tout en mettant en garde contre une instrumentalisation politique de l’audit. Il déclare :
« L’audit financier de la Ville de Strasbourg vient d’être présenté. Oui, la situation est préoccupante. Les finances de la Ville se dégradent fortement et des efforts importants seront nécessaires dès le prochain budget. Mais cet audit est une confirmation, pas une découverte. Les difficultés étaient déjà connues avant les élections municipales. La Chambre régionale des comptes avait elle-même tiré la sonnettes d’alarme. » Il alerte ensuite sur un engagement de campagne pris par la maire : « Attention à ce que cet audit ne devienne pas un « audit prétexte » pour renoncer aux engagements pris devant les Strasbourgeois pendant la campagne. Je pense notamment à un engagement très clair pris par Catherine Trautmann : ne pas augmenter les taux des impôts locaux. À l’heure où beaucoup de familles doivent compter chaque euro, nous ne pouvons pas leur demander de payer davantage pour redresser les finances de la Ville. »
L’élu propose une méthode de travail collective : « En tant que président de la commission des finances, je proposerai dans les prochaines semaines plusieurs réunions de travail pour que les élus disposent des mêmes informations et puissent faire leurs choix politiques en toute connaissance de cause. » Il conclut : « La situation est difficile. Mais l’audit ne doit pas être celui du renoncement. Il doit être le point de départ du redressement des finances de Strasbourg. »

Florian Kobryn (LFI) : « une pure opération de communication »
Élu d’opposition La France insoumise, Florian Kobryn conteste tant la forme que le fond de la démarche engagée par la majorité municipale. Il pointe d’abord un manque de transparence dans le processus :
« La majorité socialiste vient de rendre public l’audit financier qu’elle a commandé à un cabinet de conseil. Présenté comme une opération de transparence, elle a en réalité refusé de présenter la lettre de mission demandée il y a trois mois, le rapport n’a pas été présenté aux membres de la commission des finances mais seulement une présentation Powerpoint. » Pour lui, cette démarche relève avant tout de la communication politique : « C’est une pure opération de communication payée avec de l’argent public. Le cabinet de conseil n’a fait qu’exploiter les données connues pour les présenter et nourrir le narratif austéritaire de la majorité. Présenté comme une expertise indépendante, cette démarche remet en cause les services de la Ville de Strasbourg, leur loyauté et leurs compétences. »
Il regrette enfin une approche jugée trop comptable : « La réalité des besoins sociaux n’a pas été pris en compte, la réalité des inégalités non plus. Une approche comptable pour une politique comptable. Les socialistes continuent leur grande convergence avec les macronistes en reprenant leur addiction aux cabinets de conseils et leur discours selon lequel il n’y aurait pas d’alternative. La politique doit partir des besoins. C’est ce que les élu-es de LFI défendront. »

Un budget sous tension pour les prochains mois
Entre l’indignation affichée par Catherine Trautmann et la contestation unanime de l’opposition, quelle que soit sa couleur politique, les prochaines semaines s’annoncent tendues au conseil municipal comme à l’Eurométropole. Le débat d’orientation budgétaire de janvier, puis le vote du budget en mars, constitueront les premiers tests concrets de cette promesse de redressement pour Strasbourg.
