C’est sur la page Facebook du groupe Strasbourg Juste et Vivante, l’opposition municipale héritière de l’ancienne majorité EELV conduite par Jeanne Barseghian, que la polémique a démarré. Dans un long post, le groupe dénonce ce qu’il présente comme un renoncement de la nouvelle municipalité : « la mise à l’arrêt, au moins jusqu’en 2027, du plan Cours Oasis ». Le texte rappelle le bilan de l’ancienne mandature écologiste, chiffres à l’appui : « 64 cours d’écoles et de crèches ont déjà été débitumées et végétalisées entre 2020 et 2026 ». Il évoque également des « chantiers déjà programmés pour continuer à faire baisser la température dans les quartiers les plus exposés », ainsi que l’arrêt d’autres projets d’îlots de fraîcheur urbains, place d’Ostwald à la Montagne-Verte et dans le quartier Gare.
Le groupe, qui s’exprime alors que Strasbourg vient de traverser « l’un des étés les plus caniculaires jamais enregistrés », hausse le ton sur les conséquences concrètes de cette pause : « Mettre en pause ces chantiers pendant plus d’un an n’est pas un simple arbitrage technique. C’est priver des milliers d’enfants et leurs équipes éducatives d’espaces respirables dès le mois de mai prochain. » Le post se termine par un appel à témoignages auprès des parents d’élèves, sur l’état des cours de leur quartier.

La réponse frontale de Céline Geissmann
La réplique ne tarde pas. Céline Geissmann, adjointe de la nouvelle majorité socialiste de Catherine Trautmann, publie à son tour un post sur sa propre page, dont le ton ne laisse guère de place à l’ambiguïté : « ALERTE FAKE NEWS. Non ! Nous n’avons pas suspendu la végétalisation des cours d’école à Strasbourg… au contraire ! » Elle accuse directement les écologistes de répéter un mensonge : « À force d’être répété, un mensonge ne devient pas pour autant une vérité. Alors rétablissons simplement les faits. »
Sur le fond, l’élue socialiste avance un chiffre pour contredire l’idée d’un arrêt total : « trois cours d’école ont bien été végétalisées à Strasbourg cet été ». Mais elle reconnaît, dans le même temps, un retard sur certaines opérations, qu’elle impute cependant à l’ancienne majorité : « certaines opérations qui auraient dû être programmées cette année, puisque les concertations étaient achevées, avaient été arrêtées dès février 2026 par l’ancienne majorité écologiste, donc avant notre arrivée aux responsabilités. Elles n’avaient d’ailleurs jamais été budgétées. » Sa conclusion se veut rassurante sur les intentions de la municipalité : « Nous continuerons donc à végétaliser les écoles strasbourgeoises. Nous voulons simplement aller plus loin encore. »

Un débat qui se poursuit en commentaires
L’échange ne s’arrête pas là. Sous ce même post, Strasbourg Juste et Vivante revient à la charge en commentaire, avec un ton plus mesuré mais tout aussi incisif : « Merci d’infléchir votre position sur les végétalisations. » Le groupe reproche toutefois à l’élue d’avoir changé de discours par rapport à ses déclarations récentes dans la presse, où « la poursuite de la végétalisation n’est à ce stade qu’envisagée », et où elle indiquait ne pas souhaiter végétaliser 100 % des cours. Le commentaire pointe également une contradiction budgétaire : « le budget primitif 2026 (contre lequel vous avez voté) a bien inscrit la végétalisation des cours d’école ». Il se conclut par une demande précise de transparence : un calendrier des travaux et des objectifs chiffrés.
Céline Geissmann répond alors directement à ce commentaire, sous son propre post, reprenant l’offensive sur le terrain des chiffres et des responsabilités : « 9 des 12 cours qui devaient être végétalisées en 2026 avaient été gelées dès février par votre majorité. » Elle rappelle l’engagement historique de l’ancienne mandature écologiste — végétaliser 100 % des cours d’écoles — pour mieux souligner son inaccomplissement : « Six ans plus tard, non seulement cet engagement n’était pas tenu et de loin, mais vous aviez vous-mêmes gelé 9 des 12 opérations prévues pour votre dernière année de mandat. C’est votre bilan, pas le nôtre. » Elle justifie enfin la période d’évaluation engagée par sa municipalité : « Nous avons hérité d’une situation financière extrêmement dégradée de votre faute : nous devons donc évaluer, prioriser et programmer sérieusement les investissements des prochaines années. » Et de conclure, non sans fermeté : « Chacun doit prendre ses responsabilités. Nous prendrons les nôtres. Prenez les vôtres. »
Ce que révèle cet échange
Au fil de cet échange en quatre temps, un fait ne semble pas contesté par les deux camps : le rythme de végétalisation des cours d’écoles strasbourgeoises a bien ralenti en 2026, qu’on l’attribue à un gel décidé en fin de mandat par l’équipe de Jeanne Barseghian ou à une pause d’évaluation assumée par la nouvelle majorité de Catherine Trautmann. Le désaccord porte sur l’origine de ce ralentissement et sur les intentions à venir, la municipalité n’ayant pour l’heure communiqué ni calendrier détaillé ni objectifs chiffrés pour les cours restant à végétaliser.
