Le Racing Club de Strasbourg Alsace a officialisé la prolongation de son contrat avec Hünkar, désormais Sponsor Majeur du club jusqu’à la fin de la saison 2028-2029. Initialement Sponsor Officiel depuis janvier 2026 et engagé jusqu’en 2028, le partenariat est étendu d’une saison supplémentaire, et la marque fera son apparition sur le haut du dos des maillots dès la réception de l’AS Monaco à la Meinau. Marc Keller, président du Racing Club de Strasbourg Alsace, a salué cette évolution en ces termes :

« Nous sommes très heureux qu’Hünkar franchisse une nouvelle étape aux côtés du Racing. Le renforcement de son engagement témoigne de la confiance qui s’est rapidement construite entre nos deux organisations, et d’une ambition commune de grandir ensemble. Hünkar est une entreprise familiale qui est née en Alsace et qui partage avec le Racing la volonté de faire rayonner notre territoire bien au-delà de ses frontières. Sa présence sur notre maillot symbolisera avec force ce partenariat jusqu’en 2029. »

Un discours institutionnel qui insiste sur l’ancrage alsacien du sponsor et sur une ambition régionale partagée — un cadrage qui n’a pourtant pas suffi à éteindre la polémique née sous la publication Facebook du club.

Sorgel Distribution, une PME alsacienne qui dérange visiblement pour de mauvaises raisons

Derrière la marque Hünkar se trouve Sorgel Distribution, entreprise familiale fondée en 2010 à Goxwiller, dans le Bas-Rhin, et spécialisée dans les produits alimentaires surgelés halal. Sa marque propre, lancée en 2016, fête cette année ses dix ans d’existence. L’entreprise revendique un réseau de plus de 2 500 enseignes et boucheries approvisionnées sur l’ensemble du territoire français, avec une chaîne logistique dédiée au respect du froid et une traçabilité assurée par plusieurs organismes certificateurs. Sur le papier, il s’agit donc d’une PME alsacienne, née et développée en région, qui investit dans le sport local et dans un club qui porte le nom de la région jusqu’en Ligue 1. Rien, dans ce profil, ne devrait susciter une controverse. C’est pourtant précisément ce point — la nature halal des produits — qui cristallise l’essentiel des critiques exprimées en commentaires, davantage que l’identité ou la moralité de l’entreprise elle-même.

Des commentaires qui parlent davantage des supporters que du sponsor

À la lecture des réactions publiées sous l’annonce, difficile de ne pas constater que le débat glisse rapidement du terrain économique vers un terrain bien plus identitaire. Guillaume tourne en dérision le choix d’un « fournisseur halal » et s’interroge, non sans sous-entendu, sur la possibilité de continuer à manger une knack-frites dans un stade alsacien. Dom et Nico annoncent vouloir se rabattre sur d’anciens maillots plutôt que d’acheter la nouvelle tenue frappée du logo Hünkar. Maxime, dans un message plus long,  tente de justifier ce rejet par un argument démographique — la majorité des consommateurs de tarte flambée au lard ne serait pas concernée par le halal — sans jamais interroger le fait qu’un sponsor n’a, par nature, pas vocation à représenter les habitudes alimentaires de chaque supporter individuellement. Mickael, de son côté, résume l’ambiance générale en rebaptisant le club « RC Kebab Alsace ». Autant de réactions qui, mises bout à bout, dessinent moins une inquiétude économique ou sportive qu’un inconfort assez largement centré sur la religion associée au produit, davantage que sur l’entreprise elle-même, ses emplois locaux ou son ancrage alsacien pourtant rappelé par Marc Keller.

Le précédent Winamax, ou la mesure à deux vitesses des supporters

Ce point mérite d’autant plus d’être posé que le club a déjà accueilli, sans réaction comparable, un sponsor sans aucun ancrage alsacien et dont l’activité pose des questions de société bien plus documentées : Winamax, plateforme de paris sportifs, dont les effets sur les publics jeunes et vulnérables sont régulièrement pointés par les associations de prévention. À l’époque, l’arrivée de cette marque n’avait suscité ni indignation collective, ni appels au boycott, ni surnoms moqueurs sur les réseaux sociaux. Le contraste est frappant : une entreprise familiale alsacienne, employant localement et vendant un produit alimentaire, concentre davantage de rejet qu’un acteur du jeu d’argent, extérieur à la région, dont l’activité comporte pourtant des risques sociaux réels et reconnus. Ce grand écart dans l’indignation en dit sans doute plus long sur les véritables ressorts de la polémique que sur le sponsor lui-même.