Selon une enquête du ministère de l’Intérieur publiée le 10 septembre 2026, le réseau de transports en commun de l’Eurométropole de Strasbourg enregistre la plus forte progression du nombre de victimes parmi les 22 grandes agglomérations françaises étudiées. Entre 2016 et 2025, les vols, violences physiques ou sexuelles, escroqueries et fraudes ont bondi de 51,5 % dans les trams et bus de la CTS (Compagnie des transports strasbourgeois). Rien qu’entre 2024 et 2025, la hausse atteint 19 %.

En 2025, ce sont 1 431 personnes – usagers, agents CTS ou forces de l’ordre – qui ont déclaré avoir été victimes d’un délit ou d’un crime dans le réseau strasbourgeois, soit une moyenne de quatre victimes par jour.

Strasbourg à contre-courant de la tendance nationale

Ce chiffre détonne d’autant plus que la tendance est inverse à l’échelle du pays : hors Île-de-France, le nombre de victimes dans les transports en commun a reculé de 22 % depuis 2016. Des métropoles comme Nancy, Nice ou Toulouse affichent au contraire de fortes baisses, tandis que Strasbourg se retrouve isolée parmi les villes où la situation se dégrade, aux côtés de Metz (+35,8 %) ou de Lyon (+35,5 %).

Des campagnes de sensibilisation qui peinent à inverser la courbe

Depuis plusieurs années, la CTS multiplie pourtant les actions de sensibilisation au civisme dans les transports. En 2022, l’entreprise revendiquait avoir sensibilisé 8 690 jeunes via des interventions en établissements scolaires, des matchs de foot en salle ou sa participation à l’événement Educap’City. Cette même année, la CTS s’associait aussi à des collectifs comme disbonjoursalepute et Ru’elles Strasbourg pour une opération de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, à l’occasion de la semaine européenne de la mobilité.

En 2024, la CTS a revendiqué avoir touché 7 813 enfants et adolescents, grâce à des partenariats noués avec des structures locales telles que Strasbourg Sporting Futsal, Les Francas ou Boxe Française Strasbourg, ainsi qu’à sa participation à Educa’City, piloté par le Centre de loisirs et de la jeunesse de la Police nationale. Un bus dédié au civisme, entièrement relooké, a même été mis en circulation pour porter ce message.

Reste que ces initiatives, répétées d’année en année, ne semblent pas avoir enrayé la dégradation constatée sur le terrain : c’est précisément sur la période où ces campagnes se sont multipliées que le nombre de victimes a le plus fortement progressé à Strasbourg, à rebours de la tendance nationale. Un écart qui interroge sur l’efficacité réelle de ces actions de prévention face à l’ampleur du phénomène.

Stupéfiants : le facteur qui explose au niveau national

À l’échelle nationale, le ministère de l’Intérieur relève un recul des vols violents et des escroqueries depuis 2016, mais un doublement des violences sexuelles élucidées et surtout une explosion des infractions liées aux stupéfiants : environ 14 000 mis en cause en 2025, contre près de 4 000 dix ans plus tôt.

Face à cette situation, la CTS doit lancer le 16 septembre une nouvelle campagne de sensibilisation au civisme dans les transports. Une initiative louable sur le principe, mais qui s’inscrit dans la continuité de dispositifs déjà déployés année après année depuis 2022, sans que la courbe des atteintes ne s’infléchisse à Strasbourg — bien au contraire. Si sensibiliser reste utile sur le long terme, les chiffres records de 2025 posent une question simple : ces campagnes suffisent-elles encore, ou est-il temps d’envisager d’autres leviers pour enrayer réellement la hausse de l’insécurité dans les transports strasbourgeois ?