Un an après l’assassinat d’Aboubakar Cissé, tué dans une mosquée dans un acte islamophobe, Strasbourg a marché. Ce dimanche 17 mai 2026, plusieurs centaines de personnes se sont élancées depuis la place de l’Université pour rejoindre la place de la République, avenue de la Liberté, pour une marche républicaine contre l’islamophobie. Un cortège sobre, symbolique, dans une ville qui se veut capitale des droits de l’Homme. Mais une question a traversé le cortège de bout en bout : où étaient les élus socialistes ? Et où était la maire ?
Aboubakar Cissé : un an déjà, une blessure encore ouverte
Il y a un peu plus d’un an, Aboubakar Cissé était assassiné dans un lieu de prière, dans ce qui devait être pour lui un espace de paix et de recueillement. Un crime islamophobe qui avait suscité une onde de choc nationale. Depuis, les actes antimusulmans ont bondi de 87 % selon les chiffres avancés par les organisateurs — une progression qui témoigne d’un climat de plus en plus préoccupant pour des millions de citoyens français.
C’est dans ce contexte que la marche de ce dimanche à Strasbourg prenait tout son sens : non pas comme un simple acte mémoriel, mais comme un signal politique adressé à la République sur sa capacité à protéger l’ensemble de ses citoyens sans double standard.
Un rassemblement pluriel, des absences qui font tache
La mobilisation a réuni des profils variés : des députés de l’Assemblée nationale, des élus de la mairie de Strasbourg, des représentants des cultes, et des figures de plusieurs sensibilités politiques locales. Le mouvement MPI était présent en nombre comme à son habitude. Parmi les élus identifiés : Emmanuel Fernandes pour LFI, Sandra Regol pour les Verts, Jean-Philippe Maurer pour LR. De la gauche à la droite républicaine, le spectre politique représenté était large — et d’autant plus révélateur de ce qui manquait.
Aucun élu du Parti socialiste ne figure sur les photos de la journée. Et la maire de Strasbourg, Catherine Trautmann, était elle aussi absente.

Ramadan, iftar citoyens et campagne électorale : la proximité à géométrie variable
Le tableau serait incomplet sans rappeler un épisode récent. Durant le Ramadan dernier, qui coïncidait avec la campagne des élections municipales de 2026, de nombreux élus et candidats s’étaient déplacés pour participer aux iftar citoyens organisés par les lieux de culte musulman à Strasbourg — ces repas de rupture du jeûne ouverts à tous, organisés par les mosquées et associations islamiques de la ville pour favoriser le vivre-ensemble et le dialogue inter-communautaire.

Catherine Trautmann elle-même s’était rendue à la grande mosquée de Strasbourg pour participer à l’un de ces iftar citoyens. Mais ce n’est pas tout : lors de la fête de l’Aïd, toujours à la grande mosquée de Strasbourg, elle était également présente, prenant la parole lors d’un discours et participant aux échanges qui ont suivi la prière. Des moments forts, visibles, relayés — et intervenus en pleine campagne électorale, dans un contexte où chaque présence dans un lieu de culte ou au sein d’une communauté avait aussi une dimension électorale qu’il serait naïf d’ignorer.
L’an dernier, lors de cette même marche commémorative, l’actuel adjoint à la mairie Abdelaziz Choukri était d’ailleurs présent dans le cortège. Cette année, ni lui, ni aucun autre élu PS, ni la maire.
La question s’impose alors d’elle-même : quand les urnes ne sont plus en jeu, quand il ne s’agit plus d’un iftar chaleureux mais d’une marche républicaine pour dire non à l’islamophobie après un assassinat dans une mosquée, qui est encore là ?

Pas de double standard républicain
Le message porté par les marcheurs ce dimanche était précisément celui-là : la République doit protéger tous ses citoyens, sans sélectivité. Trop de silence. Trop de stigmatisation. Pas assez de réponses institutionnelles face à la montée des actes antimusulmans.
Ce message résonne différemment quand on constate que des élus capables de se déplacer pour chaque commémoration, chaque cérémonie mémorielle, chaque moment communautaire — surtout quand les caméras sont là et que les urnes ne sont pas loin — ne trouvent pas le chemin de la place de l’Université un dimanche après-midi pour marcher contre l’islamophobie. La cohérence républicaine ne se divise pas selon les agendas politiques du moment.
Strasbourg a marché. La question de savoir pourquoi une partie de ses élus n’était pas là reste, pour l’instant, sans réponse publique.
