La section strasbourgeoise du syndicat étudiant UNI avait été mise en sommeil début 2025, après une série de scandales autour d’un jeu de cartes antisémite et de saluts nazis dans ses rangs. Elle a repris ses activités en septembre dernier avec de nouveaux visages. Selon une enquête publiée par StreetPress, ces nouvelles têtes ne sont pas sans histoire.
La section repart… sur les mêmes bases
Après la suspension de plusieurs membres et l’arrêt forcé des activités au printemps 2025, l’UNI Strasbourg a affiché sa renaissance à la rentrée de septembre avec deux nouveaux responsables : Lisy Spengler, présidente, et Robin Gerolt, vice-président. Pour marquer l’occasion, le délégué national de l’UNI d’alors, Mathis Gachon — lui-même déjà impliqué dans plusieurs affaires de saluts fascistes et nazis — avait fait le déplacement à Strasbourg.
Le bureau national, sollicité par StreetPress, n’a pas répondu à la question de savoir quelles garanties avaient été prises pour éviter de nouveaux dérapages. Lisy Spengler assure de son côté que des entretiens individuels ont été menés avec les militants, et qu’aucun profil problématique n’a été identifié en dehors des membres déjà exclus.
Le vice-président et une caricature antisémite
Robin Gerolt, 21 ans, est le vice-président de la nouvelle section. Candidat du parti d’Éric Zemmour aux législatives de 2024 et responsable de sa branche jeunesse dans le Grand Est, il s’affiche publiquement aux côtés d’élus du parti allemand AfD, organisation dont même le Rassemblement national a pris ses distances en raison de prises de position controversées sur le passé nazi de l’Allemagne.
StreetPress a par ailleurs repéré dans une vidéo publiée par Gerolt sur Instagram une caricature antisémite — un personnage au long nez accompagné d’une étoile de David. L’intéressé affirme que le schéma n’est pas de lui, mais avait auparavant validé d’un « like » un commentaire s’en amusant. Le contenu et la réaction ont depuis disparu. Sa présidente le défend : elle assure qu’il n’y avait aucune intention antisémite.

La présidente et ses liens avec les sphères néofascistes
Le profil de Lisy Spengler, 18 ans, interpelle également. Sur Instagram, elle suit et a « liké » des publications de Jean-Eudes Gannat, fondateur de l’Alvarium — groupuscule nationaliste révolutionnaire dissous par le gouvernement en 2021 pour violence et discours de haine — ainsi que des Cénomans, une bande d’extrême droite implantée au Mans. Elle a aussi « liké » une publication du Comité du 9 mai (C9M), collectif organisant chaque année un rassemblement néofasciste à Paris, où des saluts nazis ont été observés lors de l’édition 2025.
Face à ces éléments, Lisy Spengler répond que suivre un compte ne signifie pas adhérer à ses idées, et qualifie certains likes d’involontaires. StreetPress note toutefois qu’elle n’a pas répondu aux questions de relance sur ce point.
La nouvelle présidente a été recrutée directement par son prédécesseur Samy Amokrane, évincé pour l’affaire du jeu de cartes, et qu’elle défend publiquement. Sous sa direction, la section a notamment collaboré avec le magazine d’extrême droite Frontières et participé à une formation de l’Institut de formation politique, mouvement très droitier.
Sur le campus de l’Université de Strasbourg, une présence quasi inexistante
Malgré leur activité sur les réseaux sociaux, les deux responsables de l’UNI Strasbourg sont peu visibles sur le terrain universitaire. Caroline Knab, présidente de l’AFGES (Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg), confirme leur quasi-absence lors des instances étudiantes, tout en redoutant un retour marqué par des tensions. Elle rappelle que la présence de l’UNI en 2025 s’était notamment traduite par des insultes racistes proférées envers des militants de l’AFGES.
