Le Service d’incendie et de secours du Bas-Rhin vient de publier son bilan d’activité 2025. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus d’interventions, plus de sorties d’engins, plus de victimes prises en charge. Derrière la performance opérationnelle, se dessine une réalité préoccupante sur la pression croissante qui pèse sur les secours alsaciens.
Une activité en forte hausse sur tout le département
En 2025, les sapeurs-pompiers du Bas-Rhin ont effectué 66 976 interventions, soit une toutes les 7 minutes et 50 secondes. C’est une augmentation de 7,3 % par rapport à 2024. Au total, 102 005 sorties d’engins ont été comptabilisées, en hausse de 8,5 %. Du côté du 18, le centre de traitement de l’alerte a réceptionné 217 200 appels, soit un appel toutes les 2 minutes et 25 secondes.
Ces chiffres traduisent une sollicitation sans précédent des équipes réparties dans les 208 centres d’incendie et de secours du département, des Vosges du Nord à la plaine du Rhin, de Strasbourg à Haguenau en passant par Saverne et Sélestat.

Le secours à la personne, nerf de la guerre
Sans surprise, les secours et soins d’urgence aux personnes (SSUAP) dominent largement l’activité avec 54 880 interventions, soit 81,9 % du total. Viennent ensuite les incendies (4 609 cas, 6,9 %), les accidents de la circulation (3 745, soit 5,6 %), puis les opérations diverses et les risques technologiques.
Le service de santé et de secours médical — le SSSM — a quant à lui assuré 185 interventions médicales et près de 9 000 interventions paramédicales. Au total, 56 334 victimes ont été prises en charge sur l’ensemble du territoire, soit 7 % de plus qu’en 2024.
L’engorgement des urgences : un problème structurel qui pèse sur les pompiers
Un chiffre mérite une attention particulière : le cumul quotidien du temps d’attente des VSAV (véhicules de secours et d’assistance aux victimes) devant les services d’urgences dépasse désormais 7 heures 23 minutes par jour. Cela représente, sur l’année, l’équivalent de 112 jours d’immobilisation de véhicules de secours devant les hôpitaux du Bas-Rhin.
Concrètement, des ambulances de pompiers — et les équipages qui vont avec — restent bloquées aux urgences de Strasbourg ou d’autres établissements du département, pendant que le territoire reste potentiellement sous-couvert. Ce phénomène, lié à la saturation hospitalière, est l’un des défis majeurs du système de secours alsacien.

Des équipes spécialisées très sollicitées
Le SIS 67 dispose d’un éventail d’équipes spécialisées mobilisées tout au long de l’année. En tête : la cellule feux de forêts et d’espaces naturels (FDFEN), avec 408 interventions mobilisant plus de 1 100 personnels — un signal fort dans un contexte de sécheresses récurrentes en Alsace. Le risque animalier (RAN) a nécessité 120 interventions, les risques chimiques et biologiques (RCH) 87, et les secours en milieux périlleux (SMP) 82.
À noter aussi l’activité des drones — 3 appareils, 6 télépilotes, 20 interventions — un outil qui monte en puissance dans la gestion opérationnelle.
5 095 femmes et hommes pour couvrir le Bas-Rhin
Le corps départemental compte 5 095 personnels, dont 700 sapeurs-pompiers professionnels (SPP), 4 223 volontaires (SPV) et 172 agents administratifs et techniques. Le taux de féminisation des volontaires atteint 20,4 %, et la durée moyenne d’engagement d’un SPV est de 14 ans et 6 mois — un indicateur de fidélité notable.
La formation représente un effort colossal : 4 740 agents formés, 106 007 heures de maintien des acquis, 158 formations de spécialités. Le centre rhénan d’entraînement aux risques fluviaux, fruit d’une coopération franco-allemande, a accueilli 93 formations.

Un budget de plus de 100 millions d’euros
Le SIS 67 a dépensé 100,62 millions d’euros en 2025, pour des recettes réelles de 105,28 millions. Le coût du service par habitant s’établit à 84,33 €. Les charges de personnel représentent 72 % des dépenses, tandis que les contributions des communes et EPCI d’Alsace constituent la principale source de recettes (48 %), devant la Collectivité européenne d’Alsace (37 %).
Les violences en recul, une bonne nouvelle à relativiser
Les actes de violence envers les sapeurs-pompiers ont reculé de 21 % en 2025, avec 44 cas recensés. Un recul encourageant, même si 73 dépôts de plainte ont été effectués et que 98 dossiers judiciaires restaient ouverts à fin décembre. La tendance est positive, mais le phénomène reste une réalité du quotidien pour les équipes sur le terrain.
