À deux mois de la fin de l’année scolaire, des élèves strasbourgeois se retrouvent sans enseignants — et le rectorat avoue ne plus avoir les moyens de financer les remplacements. Une situation inédite qui soulève des questions bien au-delà de la salle de classe.

Des classes sans profs dans plusieurs établissements du Bas-Rhin

Au collège Notre-Dame de Sion à Strasbourg, des élèves accumulent les semaines sans cours de mathématiques. Six heures par semaine perdues, jusqu’à la fin de l’année. La direction a dû l’expliquer aux parents : le rectorat refuse désormais de financer les contrats de remplacement, invoquant des contraintes budgétaires strictes. Deux remplaçantes, recrutées pendant les vacances de printemps — l’une en EPS, l’autre en physique-chimie —, ont vu leurs contrats interrompus au bout de deux jours sur décision rectorale.

Le collège Saint-Étienne fait le même constat : plus de remplacements possibles, faute de moyens, jusqu’en juillet. Et le phénomène ne se limite pas aux établissements privés sous contrat. Dans au moins deux collèges publics du Bas-Rhin, des contractuels ont appris l’arrêt brutal de leur mission alors même que le titulaire qu’ils remplaçaient n’était pas encore de retour.

Une consigne générale donnée par le rectorat

Selon les informations recueillies par France 3 Alsace, le rectorat de Strasbourg aurait transmis cette consigne lors d’une réunion avec les chefs d’établissement : les remplacements ne seront plus financés, à l’exception des classes à examen — troisième, première et terminale. Une tolérance minimale, qui laisse sur le bord de la route tous les autres niveaux.

Ce qui aggrave la situation, c’est que les filets de sécurité habituels sont, eux aussi, hors service. Les TZR — professeurs titulaires remplaçants — sont désormais affectés à l’année dans des établissements dès la rentrée, et ne sont plus disponibles pour des remplacements courts. Le Pacte enseignant, dispositif lancé en 2022 pour permettre les remplacements de courte durée en interne, est également suspendu depuis avril faute de financement.

Pour le co-secrétaire académique du Snes-FSU Strasbourg, Arnaud Sigrist, c’est une première : les budgets étant annuels, voir les contrats s’arrêter dès avril est une anomalie inédite. Le secrétaire académique de la Fédération Unsa-Éducation, David Grisinelli, y voit quant à lui une tendance de fond qui s’accélère d’année en année.

Le grand décalage : on débat des uniformes pendant que les classes se vident

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans ce moment. Alors que le débat national tourne en boucle sur l’uniforme à l’école — mesure symbolique, portée à bout de bras par une partie de la classe politique —, des élèves strasbourgeois manquent tout simplement de professeurs devant eux. Pas de remplacement, pas de cours, pas de continuité pédagogique.

Le décalage est brutal. D’un côté, des tribunes sur la tenue vestimentaire à l’école. De l’autre, des collégiens du Bas-Rhin qui perdent des heures de maths, de physique-chimie, d’EPS — semaine après semaine — parce que le rectorat n’a plus un euro pour signer un contrat. Ce n’est pas un problème de symboles. C’est un problème de moyens, concret, immédiat, qui touche des familles strasbourgeoises aujourd’hui.