Dissous depuis septembre 2025, les Strasbourg Offender n’ont pas disparu des tribunes. Ces derniers mois, le groupe de hooligans d’extrême droite a semé la violence au stade de la Meinau — et au-delà.

Un groupe dissous mais toujours actif

Sur le papier, les Strasbourg Offender n’existent plus. Né en 2018 à partir de dissidences de l’extrême droite radicale — notamment le GUD, le Bastion Social et les Meinau Boys — le groupe avait fédéré jusqu’à une cinquantaine de jeunes hommes dans la tribune Ouest de la Meinau. Le gouvernement a prononcé leur dissolution en septembre 2025, après des années de violences et d’incidents à caractère raciste et antisémite documentés, dont des appels à la haine lors d’un match de coupe d’Europe contre le Maccabi Haïfa en juillet 2019, et la diffusion de contenus à caractère nazi en 2021.

Leur dissolution aurait dû mettre fin à leurs agissements. Il n’en est rien.

Bagarre en tribune Ouest lors de Strasbourg-Lyon

Le 22 février dernier, lors du match de Ligue 1 opposant le RC Strasbourg à l’Olympique Lyonnais à la Meinau, une violente bagarre éclate en tribune Ouest. La soirée était déjà tendue avant même le coup d’envoi : les Ultra Boys 90 avaient publié un communiqué pour dénoncer le refus du club de laisser entrer une banderole en tribune.

Selon des témoignages recueillis par StreetPress, la bagarre aurait été déclenchée par la présence d’anciens membres des Offender, venus rendre hommage à Quentin Deranque — militant néofasciste décédé le 14 février 2026 des suites de ses blessures après une rixe avec des antifascistes en marge d’une conférence à Sciences Po Lyon. Des banderoles à caractère néofasciste sont déployées dans les gradins. Le capo de la tribune Ouest demande immédiatement leur retrait, des stadiers interviennent, et des accrochages éclatent entre membres des UB90 et les hooligans. Les images de vidéosurveillance ont été saisies par les autorités et une enquête a été ouverte. Le canal Telegram GruppaOf — référence internationale des milieux hooligans avec plus de 180 000 abonnés — a confirmé la présence des Offender ce soir-là.

Les hooligans n’étaient pas seuls : ils auraient été accompagnés des Brizak Nancy, groupe hooligan allié venu en renfort depuis la Lorraine.

Un « fight » organisé, remporté par les hooligans

Un mois plus tard, le 22 mars, GruppaOf diffuse un message confirmant qu’un combat organisé a opposé une quarantaine de membres des Offender à des membres des UB90 — présenté par les hooligans comme une confrontation motivée par des divergences politiques à la suite des incidents du 22 février. Résultat annoncé sur le canal : victoire des hooligans.

Cette issue fait réagir dans le milieu des supporters. Plusieurs observateurs soulignent l’absurdité de régler un tel différend sur le terrain des codes hooligans, alors que les ultras n’ont ni la même culture ni la même logique de violence. Les UB90, groupe apolitique dont la priorité est le soutien à l’équipe, se retrouvent ainsi entraînés sur un terrain qui n’est pas le leur.

La Meinau fragilisée par la cession du club à BlueCo

Le contexte local aggrave la situation. Depuis le rachat du RC Strasbourg par les propriétaires anglais de Chelsea il y a trois ans, les ultras strasbourgeois contestent ouvertement la gouvernance du club. Cette contestation, traduite par des grèves des encouragements, a progressivement dégradé les relations entre les UB90 et la direction du stade, isolant les ultras qui bénéficiaient jusqu’alors d’un dialogue constructif avec le club.

À cela s’ajoute un facteur pratique : les travaux du stade ont mélangé les zones autrefois distinctes occupées par les Offender et les ultras, multipliant les points de friction. Du côté du club, on rappelle une réalité juridique contraignante : la dissolution d’un groupe n’empêche pas ses anciens membres d’acheter des billets à titre individuel. En cas de comportements problématiques avérés, le club peut émettre une interdiction commerciale de stade — mais cela suppose d’identifier les individus au préalable.

Un phénomène qui dépasse Strasbourg

Les violences consécutives au décès de Quentin Deranque ne se limitent pas à la Meinau. Des messages néofascistes ont été déployés à Lyon, et un bar a été attaqué à Toulouse par le groupe hooligan local. La mouvance reste coordonnée, mobile et déterminée à occuper l’espace dans les stades français.

À Strasbourg, les tensions semblent s’être apaisées depuis le dernier match à domicile face à Nice, sans incident notable. Mais la présence de hooligans néonazis dans les tribunes alsaciennes — malgré une dissolution officielle — reste un sujet que le club, les supporters et les autorités ne peuvent plus ignorer.