La maison strasbourgeoise Georges Bruck, fondée en 1852 et présentée comme la dernière manufacture familiale de foie gras d’Alsace, vient de faire l’objet d’une transaction pénale. La raison : ses produits étaient présentés comme français ou alsaciens, alors que le foie cru utilisé provenait de l’étranger. Une affaire qui pose une question simple — et dérangeante : quand on achète du « foie gras alsacien », sait-on vraiment ce qu’on achète ?
Georges Bruck, une institution strasbourgeoise au cœur d’une affaire d’étiquetage
Installée au 7 rue Friese à Strasbourg, la Maison Georges Bruck est l’une des adresses les plus emblématiques de la gastronomie alsacienne. Fondée en 1852, elle revendique plus de 170 ans de savoir-faire artisanal, une fabrication à la main et une sélection rigoureuse des matières premières. Elle se présente volontiers comme la dernière entreprise familiale indépendante spécialisée dans le foie gras d’oie et de canard à Strasbourg — et en Alsace tout entière. La maison a même obtenu le label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV), gage de reconnaissance officielle de son savoir-faire. Ses produits sont référencés dans des enseignes gastronomiques haut de gamme comme La Grande Épicerie ou les Galeries Lafayette.
C’est précisément cette image soigneusement construite — terroir, tradition, authenticité alsacienne — qui rend les faits constatés par les enquêteurs d’autant plus frappants.

Une enquête de la répression des fraudes dans le Bas-Rhin qui met à nu la réalité
Les agents de la Direction Départementale de la Protection des Populations du Bas-Rhin (DDPP 67), en charge des missions de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (CCRF), ont mené une enquête dont le constat est sans ambiguïté : la société SAS Georges Bruck utilisait des mentions valorisantes ainsi que des symboles nationaux et régionaux pour laisser entendre que ses produits étaient d’origine française, voire alsacienne.
Or l’ingrédient primaire — le foie cru lui-même — provenait en réalité de l’étranger. Une information que le consommateur n’était pas en mesure de connaître au moment de son achat, et que l’habillage visuel et textuel des produits ne laissait en rien transparaître.
Des pratiques commerciales trompeuses : le parquet du tribunal judiciaire de Strasbourg saisi
Ces pratiques étant de nature à induire le consommateur en erreur sur l’origine réelle du produit, la DDPP du Bas-Rhin a saisi le Parquet du tribunal judiciaire de Strasbourg. Une procédure pour pratiques commerciales trompeuses a ainsi été ouverte.
Avec l’accord de la Procureure de la République de Strasbourg, une transaction pénale a été proposée à la société. Georges Bruck a accepté.
L’accord conclu comprend trois obligations :
- Le règlement d’une amende au Trésor public
- La publication du communiqué officiel de la DGCCRF
- La cessation immédiate des pratiques commerciales trompeuses en cause
Concrètement, Georges Bruck ne pourra plus apposer de références géographiques ou de symboles régionaux sur ses produits sans que ceux-ci correspondent fidèlement à la réalité de leur composition — et en particulier à l’origine de leurs ingrédients.

Ce que la loi exige sur l’étiquetage de l’origine des produits alimentaires
La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) rappelle à cette occasion un principe fondamental du droit de la consommation : toute référence à une origine géographique — mention textuelle ou symbole visuel — doit refléter fidèlement la réalité du produit et de ses ingrédients.
L’enjeu est d’autant plus sensible pour des produits du terroir à forte valeur symbolique comme le foie gras alsacien, dont l’image porte des décennies d’histoire et de réputation gastronomique régionale. Le consommateur — qu’il soit local ou touriste de passage rue Friese — est en droit d’attendre que ce qu’il croit acheter corresponde à ce qu’il paie.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte national de renforcement des contrôles sur l’étiquetage alimentaire, où la traçabilité des ingrédients est devenue un enjeu central de confiance entre les marques et leurs clients.
