Ce jeudi 16 avril 2026, environ 150 personnes se sont rassemblées devant le bâtiment de la présidence de l’Université de Strasbourg, sur le campus de l’Esplanade, pour dénoncer la radiation de 47 étudiants étrangers fin mars. Originaires de pays hors Union européenne, ces étudiants n’ont pas pu s’acquitter des frais d’inscription majorés imposés depuis le décret « Bienvenue en France » de 2019 : près de 3 941 euros par an pour un master, soit dix fois plus que leurs homologues européens.
Menacés d’expulsion du territoire après leur radiation
Parmi les radiés, des étudiants en master inscrits dans des établissements strasbourgeois, dont certains figuraient parmi les meilleurs de leur promotion dans leur pays d’origine — la sélection sur critères d’excellence académique étant une condition préalable à leur admission en France. Malgré des efforts déployés — jobs étudiants, soutien familial, démarches d’intérim — beaucoup n’ont pas réussi à réunir la somme. Pour un étudiant originaire d’Afrique de l’Ouest, les 3 941 euros représentent l’équivalent de 45 000 euros rapportés au niveau de vie moyen de son pays. Sans certificat d’inscription, c’est également le titre de séjour qui vacille : une obligation de quitter le territoire (OQTF) menace plusieurs d’entre eux dès la rentrée.

La présidence de l’Unistra refuse toute dérogation
Lors d’une conférence de presse tenue le matin même, la présidente de l’Université a refusé d’accorder des exonérations aux étudiants en difficulté, invoquant un problème d’équité. Une position qualifiée d’indécente par l’intersyndicale — qui regroupe une dizaine d’organisations étudiantes et enseignantes, dont la SNESUP-FSU et Solidaires Étudiant·e·s. Celle-ci rappelle que l’université dispose d’un quota légal d’exonération à hauteur de 10 % des effectifs, et que selon ses propres calculs, exonérer les 47 concernés ne dépasserait pas ce seuil.
Un dispositif dénoncé comme xénophobe et discriminatoire
Les prises de parole ont été sans détour : le dispositif « Bienvenue en France » est accusé d’instaurer un système de préférence nationale au caractère ouvertement discriminatoire. L’intersyndicale déplore par ailleurs l’opacité des chiffres fournis par la présidence : entre 310 et 380 étudiants en master seraient actuellement soumis à ces frais différenciés à Strasbourg. Des enseignants ont également pris la parole pour dénoncer une situation où leur prestation pédagogique n’aurait pas le même prix selon l’origine géographique de leurs étudiants — une réalité jugée inacceptable au sein même de la communauté universitaire.
En clôture du rassemblement — où une chorale féministe a entonné un chant contre les frontières — l’intersyndicale a annoncé l’ouverture d’une cagnotte solidaire et envisage de solliciter le fonds de la Fondation de l’Université de Strasbourg. Des actions de collage et de mise en lumière des courriers de désinscription reçus par les étudiants sont prévues dans les prochains jours.
