L’affaire des faux certificats médicaux dans le football amateur alsacien connaît un nouveau rebondissement — et cette fois, ce sont les clubs eux-mêmes qui passent à l’offensive. L’US Wittenheim (USW), club du Haut-Rhin, a lancé un appel public à la mobilisation collective en créant le Collectif Clubs Grand Est – Licences & Responsabilité Partagée. Une vingtaine de structures auraient déjà rejoint le mouvement, un nombre « qui monte crescendo », selon les initiateurs.
Le point de départ : la commission de la Ligue Grand Est de Football (LGEF) du 4 avril dernier, au cours de laquelle plusieurs clubs sanctionnés estiment ne pas avoir été suffisamment entendus. « C’est un sentiment commun de ne pas avoir été suffisamment entendu par la ligue lors de la commission du samedi 4 avril », confirme l’USW. La frustration est palpable. Et elle est argumentée.
Une responsabilité que les clubs refusent d’assumer seuls
Dans leur communiqué, les dirigeants de l’USW posent une question de fond qui résonne bien au-delà de Wittenheim : comment un club peut-il être tenu pour responsable de licences que la ligue elle-même a validées ?
C’est là le cœur du problème soulevé par le collectif. Les clubs ont suivi la procédure. Leurs bénévoles ont saisi les dossiers dans les outils mis à disposition. La ligue a validé. Et pourtant, ce sont les clubs qui écopent de sanctions — y compris la remise en cause de résultats sportifs acquis depuis le mois d’août 2025. « Ces décisions fragilisent l’équité sportive et la stabilité des compétitions », dénonce le collectif.
Le club va plus loin dans sa réponse : « Comment, sans outil de vérification, un club, via une saisie par un bénévole, peut être coupable ? » Une formule qui résume la colère d’un monde associatif qui se sent pris en étau. Et qui pointe une réalité structurelle : « Le poids est trop lourd sur les épaules des bénévoles. »

Ce que demande le collectif
Le collectif ne cherche pas à nier la fraude. Les clubs signataires reconnaissent que certains licenciés ont agi délibérément, d’autres par naïveté. « Certains licenciés ont, sans doute, délibérément contourné les règles. D’autres ont pu faire preuve de naïveté et être induits en erreur », écrit l’USW dans son communiqué. Mais ils refusent le principe selon lequel la responsabilité pèse exclusivement sur les structures associatives. « Nous sommes d’accord pour les sanctions individuelles, mais le club ne doit pas être otage », tranche le club.
Leurs demandes concrètes à court et moyen terme :
- Faire appel des décisions pour l’ensemble des clubs concernés
- Individualiser les sanctions : viser les fraudeurs, pas les clubs
- Peser sur les instances pour faire évoluer la réglementation sur la responsabilité
- Utiliser toutes les voies disponibles : « Nous utiliserons toutes les mesures dont nous disposons individuellement et collectivement », précise l’USW
Une crise qui dépasse les frontières du Bas-Rhin
C’est StrasInfo qui avait révélé cette affaire, dès février 2026, avant d’en documenter l’extension spectaculaire en mars — révélant comment plusieurs clubs strasbourgeois et de sa couronne avaient été frappés de plein fouet, avec des centaines de joueurs suspendus à titre conservatoire.
Le collectif dépasse aujourd’hui le seul territoire alsacien pour fédérer des clubs de l’ensemble du Grand Est. Les clubs souhaitant rejoindre le groupe d’échange WhatsApp sont invités à contacter l’USW en message privé.
Ce mouvement marque une étape nouvelle dans la crise : après les sanctions, la riposte organisée. Le football amateur de la région n’a pas dit son dernier mot.
