Le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg a autorisé, par une ordonnance du 27 octobre 2026, l’expulsion des occupants du campement installé près du square du Krimmeri, à la Meinau. Saisis par la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, les magistrats ont ordonné aux occupants de quitter les lieux dans un délai de cinq jours. À défaut, ils s’exposent à une expulsion avec le concours de la force publique.
Un campement installé depuis août 2026
Le campement se situe dans le périmètre du square du Krimmeri, de la rue de la Fédération et des espaces verts proches des parkings P4, P5 et P7 du stade de la Meinau. Ces espaces appartiennent à la commune de Strasbourg et à l’Eurométropole. D’après l’ordonnance, ils sont occupés depuis août 2026.
Un diagnostic social du 9 septembre 2026 a recensé 153 personnes, réparties dans 7 caravanes et 91 tentes ou abris de fortune. Parmi elles figurent de nombreux enfants, dont 19 de moins de douze ans, ainsi que des personnes en situation de vulnérabilité.
Pourquoi le juge a retenu l’urgence
La demande reposait sur la procédure du « référé mesures utiles » (article L. 521-3 du code de justice administrative), qui permet de demander au juge d’ordonner toutes mesures utiles en cas d’urgence. Le juge a estimé que cette condition était remplie en raison du caractère précaire, insalubre et dangereux du campement.
Il relève que certains occupants sont installés à proximité du Rhin Tortu, près des lignes de tramway, de lieux de passage de véhicules (dont une voie à grande circulation) et d’une armoire électrique. Des feux de camp ont par ailleurs été allumés sur le site. L’ordonnance évoque un danger grave d’incendie, d’accident et de chutes d’arbres ou de branches.
Une enquête sociale menée avant la saisine
Le juge a aussi tenu compte des démarches préalables de la Ville et de l’Eurométropole. Elles ont mené une enquête pour identifier les personnes concernées, déterminer leur situation administrative et leurs besoins, et signaler cette situation aux services de l’État, responsables de l’hébergement d’urgence.
À l’audience publique du 22 octobre, les représentants des collectivités ont indiqué que chaque occupant se verrait proposer par les services de l’État une solution de relogement, en même temps que l’évacuation.

La défense d’une occupante rejetée
Une occupante, Mme AW., a contesté la demande. Elle faisait valoir qu’elle ne pouvait accéder à un hébergement adapté à ses pathologies et à son handicap, et qu’elle avait été évincée d’un appart’hôtel de la rue de Wasselonne, à Strasbourg, au mépris de son droit à l’hébergement d’urgence. Elle invoquait aussi son droit à l’intimité, garanti par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.
Le juge n’a pas retenu ces arguments. Il rappelle qu’aucun texte ne subordonne une demande d’expulsion du domaine public au respect, par la collectivité, de ses obligations en matière d’hébergement. Il estime en outre que l’intéressée ne justifie pas, par les pièces du dossier, avoir demandé un hébergement sans succès. Sa demande d’enquête sur l’établissement hôtelier a également été rejetée : ce n’est pas le rôle du juge des référés saisi d’une telle procédure.
Ce que prévoit l’ordonnance
- Les occupants disposent de cinq jours pour quitter les lieux à compter de la notification de l’ordonnance.
- Passé ce délai, la Ville ou l’Eurométropole pourra faire procéder à l’expulsion et à l’évacuation des biens, y compris les véhicules et caravanes, aux frais, risques et périls des intéressés, avec le concours de la force publique si nécessaire.
- L’ordonnance peut faire l’objet d’un recours en cassation devant le Conseil d’État dans un délai de quinze jours.
Les prochains jours diront comment se déroulera l’évacuation et quelles solutions de relogement seront effectivement proposées aux quelque 150 personnes concernées. StrasInfo suivra la situation à la Meinau.
