À Strasbourg, la rentrée culturelle 2026 ne se sera pas passée sans polémique. L’agenda culturel des médiathèques de la Ville et de l’Eurométropole, prévu pour septembre-octobre, devait afficher en couverture une illustration de l’artiste Magali Attiogbé. Sur cette image, une inscription : « Stop génocide ». Elle a finalement été retirée au dernier moment et remplacée par un autre visuel, comme l’a révélé Rue89 Strasbourg. Conséquence concrète de ce changement de dernière minute : 13 000 exemplaires déjà imprimés avec l’illustration originale ont été mis au rebut.
La Ville invoque la neutralité
Selon les informations de Rue89 Strasbourg, interrogé sur cette affaire, le cabinet de la maire Catherine Trautmann a assumé cette intervention, expliquant vouloir éviter qu’un élément de l’œuvre soit perçu comme une prise de position politique de la collectivité.
La réaction de Linda Ibiem : « un choix politique »
Cet argument est aussitôt contesté par Linda Ibiem, qui a adressé un communiqué à notre rédaction. Pour elle, en retirant une mention qui appelle à dire non à un génocide, la municipalité ferait elle-même un choix éminemment politique. « Le problème n’est donc plus seulement la présence de la mention « Stop génocide ». Le problème devient celui de la décision de la retirer », écrit-elle.
Dans son communiqué, Linda Ibiem rappelle également les prises de position internationales sur la situation à Gaza, citant la rapporteuse spéciale de l’ONU Francesca Albanese, qui évoquait dès mars 2024 des « motifs raisonnables de croire » qu’un seuil génocidaire était atteint, ainsi que la commission d’enquête indépendante de l’ONU présidée par Navi Pillay, qui a conclu en septembre 2025 à l’existence d’« actes génocidaires » à Gaza. Elle estime que ce retrait entre en contradiction avec les positions déjà exprimées par des partis de la majorité municipale strasbourgeoise sur ce dossier, et affirme qu’il ne s’agirait pas d’un cas isolé, la municipalité ayant selon elle déjà été à l’origine du retrait de plusieurs œuvres et artistes ces derniers mois.

Le débat sur la neutralité des collectivités relancé
Au-delà du cas strasbourgeois, cette affaire relance un débat plus large : où s’arrête la neutralité d’une institution publique, et où commence la censure ? Pour Linda Ibiem, effacer systématiquement tout message pouvant être perçu comme politique reviendrait, à terme, à restreindre ce qui peut être montré ou dit dans l’espace public — y compris lorsqu’il s’agit de messages relevant, selon elle, de principes universels de défense des droits humains.
Une affaire loin d’être close
À ce stade, la Ville de Strasbourg n’a pas annoncé de nouvelle prise de position sur ce dossier, et l’illustration de Magali Attiogbé restera absente de l’agenda culturel des médiathèques pour cette rentrée. Reste que le retrait de 13 000 exemplaires déjà imprimés, conjugué à la réaction de Linda Ibiem, place la municipalité face à une question qui dépasse le seul cas de cette couverture : celle des limites que se fixe une collectivité lorsqu’elle invoque la neutralité pour retirer une œuvre de l’espace public.
