Chaque été, la publication du classement de Shanghaï — officiellement l’Academic Ranking of World Universities (ARWU) — relance le débat sur la place des universités françaises dans la compétition scientifique mondiale. Créé en 2003 par l’Université Jiao Tong de Shanghai et aujourd’hui publié par ShanghaiRanking, ce palmarès évalue près de 2 500 établissements pour n’en retenir que 1 000. À Strasbourg, la question revient chaque année : comment se positionne l’Université de Strasbourg face aux poids lourds parisiens et anglo-saxons ?
Ce que mesure réellement le classement
Contrairement à une idée reçue, l’ARWU ne juge ni la qualité des cours, ni l’encadrement pédagogique, ni la vie étudiante. Il repose sur six critères entièrement tournés vers la recherche : le nombre d’anciens élèves lauréats d’un prix Nobel ou d’une médaille Fields (10 %), le nombre de chercheurs de l’établissement récompensés par ces mêmes distinctions (20 %), les chercheurs les plus cités au monde (20 %), les publications dans les revues Nature et Science (20 %), les articles indexés dans les bases SCIE et SSCI (20 %), et enfin la performance académique rapportée au nombre de chercheurs (10 %).
Résultat : même l’indicateur présenté comme la « qualité de l’enseignement » se fonde en réalité sur les prix Nobel décrochés par d’anciens étudiants, et non sur une évaluation pédagogique. Un point à garder en tête avant de comparer les établissements.
La position de l’Université de Strasbourg en 2026
Dans l’édition 2026, l’Université de Strasbourg se classe entre la 101e et la 150e place mondiale. Elle se situe ainsi derrière les quatre établissements français du top 100 — Paris-Saclay (13e, première université française), PSL (33e), Sorbonne Université (55e) et Université Paris Cité (57e) — mais conserve une place parmi les universités françaises les mieux positionnées à l’échelle nationale.
Ce classement alsacien s’inscrit dans un contexte national stable : la France compte 27 universités classées en 2026, un total identique à celui de 2025, ce qui la maintient au 10e rang mondial en nombre d’établissements distingués.

Pourquoi Strasbourg peine à rivaliser avec Paris-Saclay
La méthodologie de l’ARWU favorise structurellement les très grandes universités de recherche, souvent issues de fusions massives ou fortement dotées en moyens scientifiques, ainsi que les disciplines où la publication internationale est la plus intense. Les sciences humaines et sociales, pourtant bien représentées à Strasbourg, sont mécaniquement désavantagées par des critères qui privilégient les revues et bases de citations à dominante scientifique.
Un indicateur à lire avec prudence pour les Strasbourgeois
Pour les lycéens, étudiants ou familles du Bas-Rhin qui s’appuient sur ce classement pour choisir un établissement, la prudence s’impose : l’ARWU reste un baromètre de puissance scientifique, pas un outil de comparaison de la qualité d’enseignement, de l’insertion professionnelle ou des conditions de vie étudiante. Il influence surtout l’image internationale des universités et leur attractivité auprès des chercheurs, davantage que le quotidien des étudiants strasbourgeois.
