Le 20 avril 2026, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, s’est rendu à Strasbourg pour une visite dense, mêlant prise de parole solennelle au Conseil de l’Europe, reconnaissance patrimoniale et rencontres diplomatiques au sommet. Un déplacement qui rappelle, une fois de plus, le rôle central de la capitale alsacienne dans l’architecture des droits humains en Europe.


Barrot devant l’APCE : un cri d’alarme pour la démocratie européenne

Devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le ministre n’a pas mâché ses mots. Face à des élus venus de tout le continent, il a dressé un tableau sombre : élections contestées, juges et journalistes intimidés, libertés publiques bafouées, droits des femmes remis en cause, et jusqu’au spectre de la peine de mort qui refait surface — citant notamment l’adoption par la Knesset israélienne d’une loi étendant son application.

« Chaque jour, la force gagne du terrain sur le droit », a-t-il lancé, appelant l’Europe à ne pas baisser la garde, y compris dans les pays qui se pensaient à l’abri de ces dérives.


« Réarmement démocratique » : ce que Barrot demande à l’Europe

Si le ministre a salué la nécessité pour l’Europe de reconstruire ses capacités militaires, diplomatiques et économiques face au retour de la guerre sur le continent, il a insisté sur une condition sine qua non : que ce réarmement soit accompagné d’un réarmement démocratique. Résister à la pression, comme l’ont fait selon lui les peuples de Pologne, de Hongrie et de Moldova, ne suffit pas — encore faut-il défendre activement l’État de droit.

Il a réaffirmé le soutien « absolu » de la France à l’indépendance de la Cour européenne des droits de l’Homme, dont la jurisprudence a façonné le droit français sur des questions aussi fondamentales que la lutte contre les discriminations, le respect de la vie privée et la liberté d’expression.


Ukraine : Strasbourg, pivot de la justice internationale

Sur le dossier ukrainien, Jean-Noël Barrot a annoncé que la France rejoindra l’accord relatif au Comité de direction du Tribunal spécial chargé de juger le crime d’agression contre l’Ukraine — un tribunal complémentaire à la CPI, dont la création est attendue lors de la réunion ministérielle de Chișinău les 14 et 15 mai prochains.

Il a rappelé que c’est depuis Strasbourg qu’ont été menés les efforts ayant permis, dès 2023, d’établir le Registre des dommages, premier pilier du mécanisme de réparation pour l’Ukraine. Mais pour lui, la réparation seule ne suffit pas : « Les dirigeants russes doivent rendre des comptes », a-t-il martelé, évoquant les massacres de Boutcha et Marioupol, les déportations d’enfants et le meurtre de journalistes. « Il n’y a pas de paix sans la justice. Et il n’y a pas de justice sans la vérité. »


Le Palais de l’Europe rejoint le réseau « Patrimoine de la diplomatie »

Au-delà du discours, la visite a également été marquée par une reconnaissance symbolique forte : le Palais de l’Europe a été officiellement labellisé dans le réseau des sites Patrimoine de la diplomatie de France Diplomatie. Une distinction qui vient ancrer encore davantage Strasbourg dans l’histoire diplomatique française et européenne.

Le ministre a également inauguré l’exposition consacrée au 60e anniversaire de la Représentation permanente de la France auprès du Conseil de l’Europe, qui sera visible tout au long du Mois de l’Europe dans plusieurs lieux de la ville.


Des rencontres au sommet dans la capitale européenne

La journée s’est conclue par une série d’entretiens de haut niveau : le Secrétaire général du Conseil de l’Europe Alain Berset, la Présidente de l’APCE Petra Bayr, et la délégation parlementaire française à l’Assemblée. Autant de discussions qui s’inscrivent dans l’engagement continu de la France en faveur de l’État de droit, de la démocratie et des droits humains.