Jeudi 5 novembre, à la fin de la manifestation intersyndicale à Strasbourg, un mannequin géant en carton à l’effigie d’un CRS a été incendié en public place de la Bourse. Haut de plus de deux mètres, il avait défilé de la place de la République jusqu’à la place de la Bourse. Il portait sur la poitrine l’inscription « CRS SS ». La scène, filmée et largement relayée sur les réseaux sociaux, s’est déroulée sous les acclamations d’une partie de la foule. Le cortège a réuni entre 10 000 et 26 000 personnes selon les estimations.
Le ministre de l’Intérieur et le préfet saisissent la justice
Après avoir vu la vidéo, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a demandé au préfet du Bas-Rhin de saisir la justice. Le préfet a annoncé un signalement au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. Dans un communiqué, la préfecture a condamné avec la plus grande fermeté un acte dirigé contre celles et ceux qui s’engagent pour la sécurité des citoyens. Les syndicats Alliance Police nationale et UNSA Police dénoncent un acte « ignoble » et une « haine antiflic » sans limite.
Les élus alsaciens réagissent
La sénatrice LR du Bas-Rhin Elsa Schalck condamne « avec la plus grande fermeté » un acte qui « véhicule un message de haine ». Selon elle, « une limite est franchie ». Elle rappelle que le droit de manifester est une liberté fondamentale, mais que les slogans anti-police et les inscriptions « ACAB » n’ont « absolument pas leur place dans le débat démocratique ». Elle conclut : « Honte à ceux qui se servent des revendications de nos concitoyens comme prétexte pour attaquer la police. »
La sénatrice PS Pernelle Richardot condamne « sans réserve ». Pour elle, mettre le feu à l’effigie d’un policier, « c’est désigner une cible ». Elle affirme que ce n’est « ni de l’humour, ni de la colère sociale ».
L’eurodéputée RN d’Alsace Virginie Joron dénonce quant à elle « une mise en scène symbolique de violence et de haine ». Elle apporte son « soutien total et sans réserve » aux forces de l’ordre et au préfet Amaury de Saint-Quentin. Elle appelle à identifier et poursuivre les auteurs. Dans ce communiqué, elle estime que « le respect des forces de l’ordre n’est pas négociable ».

Une mobilisation sociale éclipsée
La journée de grève avait été appelée par l’intersyndicale FSU, CFDT, CGT, FO et UNSA pour les salaires et les emplois, avec un départ à 14 h place de la République. Cet épisode éclipse en partie les revendications des manifestants. Il relance aussi le débat sur la frontière entre critique du maintien de l’ordre et haine envers les policiers, dans une ville déjà marquée par plusieurs journées de tension.
À ce stade, les auteurs n’ont pas été identifiés publiquement, et aucune qualification pénale n’a été annoncée. Le signalement de l’article 40 permet au parquet d’apprécier les suites à donner. Ce type de geste n’est pas inédit : trois Gilets jaunes poursuivis pour avoir brûlé un mannequin à l’effigie d’Emmanuel Macron à Angoulême en 2018 ont bénéficié d’un non-lieu.
