Depuis le 2 novembre 2026, le Grand Est accueille ses premiers docteurs juniors en médecine générale. Selon le communiqué de l’ARS Grand Est, 251 jeunes médecins rejoignent des structures de soins de la région pour des stages ambulatoires et hospitaliers. L’objectif est de renforcer leur expérience auprès des patients, de mieux les préparer à leur futur exercice et de favoriser leur installation là où les besoins sont les plus importants. Pour Strasbourg et le Bas-Rhin, c’est un signal attendu dans un contexte de tensions sur l’accès aux soins.
Combien de docteurs juniors en Alsace et dans le Bas-Rhin ?
La première promotion se répartit entre les trois subdivisions universitaires de la région : 62 docteurs juniors en Champagne-Ardenne, 102 en Lorraine et 88 en Alsace. La carte jointe au communiqué détaille la répartition par département et affiche 53 docteurs juniors dans le Bas-Rhin.
Strasbourg figure dans la liste des communes concernées, aux côtés d’Illkirch-Graffenstaden, Lingolsheim, Haguenau, Sélestat, Saverne, Obernai ou encore Wissembourg. La liste inclut aussi des communes plus petites, comme Marlenheim, Mutzig, Schirmeck ou Reichshoffen.
Quels terrains de stage et quelles zones prioritaires ?
Pour accueillir cette promotion, 219 terrains de stages ambulatoires et 36 terrains hospitaliers ont été recensés dans la région. L’ARS indique avoir porté une attention particulière aux territoires confrontés à des difficultés d’accès aux soins.
Les proportions varient selon les territoires. Les terrains situés en zone d’intervention prioritaire ou en zone d’action complémentaire représentent 93,5 % du total en Champagne-Ardenne et 71 % en Lorraine. En Alsace, ils en représentent 58 %.
Que feront concrètement les docteurs juniors ?
Pendant 12 mois, les docteurs juniors participent à l’activité des structures qui les accueillent. Ils assurent des consultations et le suivi des patients, 3 ou 4 jours par semaine, en cabinet médical, en maison de santé ou en centre de santé. Ils exercent en autonomie, sous la supervision d’un maître de stage des universités.
Une journée par semaine peut être consacrée à d’autres structures du territoire, comme les EHPAD, les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) ou les services de protection maternelle et infantile (PMI). L’ARS y voit un moyen de favoriser les échanges entre professionnels et de mieux faire connaître l’offre de soins locale.

Un levier pour attirer des médecins en Alsace ?
C’est le pari de l’ARS. En exerçant un an auprès des habitants et des équipes de soins, les futurs médecins découvrent les besoins de santé locaux, les conditions d’exercice et le cadre de vie du territoire. Cette immersion peut ensuite les encourager à s’installer durablement, notamment dans les zones les moins dotées en professionnels de santé. L’agence n’avance toutefois aucun chiffre sur les installations attendues.
Aides financières et rémunération
Pour faciliter la création de nouveaux terrains de stage, l’ARS Grand Est a proposé une aide régionale destinée à financer les équipements nécessaires : système d’information partagé, équipement individuel et matériel médical adapté. Elle est plafonnée à 1 500 € pour les maîtres de stage. Elle peut atteindre 2 500 € pour ceux qui exercent en zone d’action complémentaire, en zone d’intervention prioritaire ou dans un quartier prioritaire de la politique de la ville.
L’agence a aussi financé un chargé de mission par unité de formation et de recherche (UFR) pour accompagner la réforme. Côté rémunération, les docteurs juniors sont payés par leur CHU de rattachement. Les maîtres de stage sont rémunérés directement par l’Assurance maladie, hors honoraires pédagogiques, qui relèvent des universités.
Une réforme du 3e cycle lancée en 2017
Ce dispositif découle de la réforme du troisième cycle des études de médecine, engagée en 2017 et mise en œuvre par le décret du 3 juillet 2018. Elle allonge le diplôme d’études spécialisées (DES) de médecine générale de trois à quatre ans et crée le statut de docteur junior. Cette quatrième année doit permettre aux futurs généralistes de développer leurs compétences dans des conditions proches de leur futur exercice.
L’ARS remercie les facultés, les CHU, les maîtres de stage, l’URPS médecins libéraux, les syndicats d’internes, l’Assurance maladie et les collectivités locales, mobilisés pour préparer cet accueil. Sa directrice générale, le Dr Christelle Ratignier-Carbonneil, souligne que former les médecins de demain au plus près des patients, c’est aussi leur donner envie d’exercer durablement dans ces territoires.
