Il y a plus d’un siècle, le 31 juillet 1914, Strasbourg change de visage en quelques heures. Sur les murs de la ville, une affiche officielle vient d’être placardée : « Bekanntmachung » — Avis. Le texte, rédigé en lettres gothiques, annonce une nouvelle qui va bouleverser le quotidien de tous les Strasbourgeois : Sa Majesté l’Empereur a déclaré la forteresse de Strasbourg en état de guerre.

Nous sommes alors dans une ville allemande depuis 1871, place forte stratégique de l’Empire, à la frontière la plus surveillée d’Europe. Depuis plusieurs semaines, les tensions entre grandes puissances s’accumulent. Ce 31 juillet, elles se traduisent, pour Strasbourg, en mesures concrètes et immédiates.

Ce que dit l’affiche du gouverneur

Le document, conservé aux Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg, détaille l’ensemble des pouvoirs transférés au gouverneur militaire de la forteresse. Son autorité s’étend sur un vaste territoire : le Stadtkreis de Strasbourg, mais aussi les cercles de Strasbourg-campagne, d’Erstein, de Molsheim, ainsi que les arrondissements de Kehl, Offenbourg, Lahr et Achern, couvrant ainsi Neudorf, Schiltigheim, Bischheim, Illkirch-Graffenstaden, Molsheim et de très nombreuses communes du Bas-Rhin et d’outre-Rhin.

Les mesures annoncées sont radicales pour l’époque : suspension de plusieurs libertés fondamentales garanties jusque-là par la Constitution et les lois de l’Empire (liberté personnelle, inviolabilité du domicile, liberté de réunion et d’association, liberté de la presse). Perquisitions et arrestations peuvent désormais être menées sans les formalités habituelles. Les cafés et débits de boissons doivent fermer leurs portes entre 22 heures et 5 heures du matin. Les étrangers non légitimés doivent quitter le territoire de la forteresse sous 24 heures.

Des interdictions qui touchent tous les aspects de la vie strasbourgeoise

L’affiche énumère une longue liste d’interdits qui bouleversent la vie civile : vente d’armes et d’explosifs soumise à autorisation, port d’armes prohibé pour les civils, rassemblements de plus de cinq personnes interdits sur la voie publique, journaux et affiches soumis à contrôle préalable. La correspondance privée évoquant des mouvements de troupes est proscrite, tout comme l’usage de pigeons voyageurs, désormais considérés comme un vecteur d’espionnage à surveiller de près.

L’usage des automobiles et des motocyclettes par les civils est également restreint en dehors de l’arrondissement de Strasbourg, sauf autorisation exceptionnelle liée à la mobilisation. Ponts, écluses, voies ferrées, télégraphes et centrales électriques passent sous surveillance renforcée, et les communes deviennent responsables des dommages causés à ces infrastructures.

Trois jours qui font basculer l’Europe

Cette déclaration du 31 juillet n’est que le prélude à une séquence qui s’accélère : dès le 1er août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie. Deux jours plus tard, le 3 août, elle déclare officiellement la guerre à la France. Strasbourg, placée en état de guerre depuis le 31 juillet, se retrouve ainsi en première ligne d’un conflit qui va marquer le XXe siècle.

Le 2 août 1914, la mobilisation générale est lue publiquement devant l’Hôtel de Ville, place Broglie — un cliché conservé aux Archives qui témoigne de la gravité du moment vécu par la population.

Les Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg proposent un Guide des sources 1914-1918, qui recense documents d’archives, iconographie et ouvrages relatifs à la Première Guerre mondiale conservés localement.