À l’occasion de ce 77ème anniversaire du Traité de Londres, StrasInfo.fr revient sur la journée historique qui fit de notre ville la capitale européenne des droits de l’homme.

C’était il y a exactement 77ans. Le 5 mai 1949, dix États européens signaient à Londres le traité instituant le Conseil de l’Europe. Cette date, souvent éclipsée par la journée de l’Europe du 9 mai, marque pourtant un tournant décisif dans l’histoire de notre continent. Et surtout, elle scelle le destin européen de Strasbourg, choisie comme siège de cette nouvelle institution.

Un acte fondateur dans l’Europe d’après-guerre

Dans les salons feutrés du St James’s Palace à Londres, les représentants de dix nations (Belgique, Danemark, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Suède et Royaume-Uni) paraphent ce jour-là le « Statut du Conseil de l’Europe ». Le document, fruit de longues négociations préparatoires menées depuis le Congrès de La Haye de 1948, pose les fondements d’une organisation internationale inédite.

L’objectif est clair : créer une institution capable de garantir la paix sur un continent dévasté par deux guerres mondiales. Le Traité définit trois valeurs cardinales qui guideront l’action du Conseil : la démocratie, les droits de l’homme et l’État de droit. Des principes qui résonnent avec une force particulière dans l’Europe de 1949, où les plaies du conflit sont encore béantes.

Strasbourg, un choix hautement symbolique

C’est lors de cette même conférence londonienne, qui se déroula du 3 au 5 mai 1949, que les délégués prirent une décision cruciale pour notre ville : Strasbourg deviendrait le siège du Conseil de l’Europe. Le choix n’avait rien d’anodin. Au cœur d’une région qui avait changé cinq fois de nationalité en 75 ans, notre cité incarnait parfaitement la nécessité de dépasser les antagonismes franco-allemands.

Robert Schuman, alors ministre français des Affaires étrangères et Alsacien d’adoption, joua un rôle déterminant dans cette désignation. Pour l’Europe naissante, Strasbourg devait symboliser la réconciliation et un nouveau départ, loin des nationalismes qui avaient ensanglanté le continent.

Les premiers pas à Strasbourg

Il ne fallut guère attendre pour que cette décision se concrétise. Dès le 10 août 1949, les locaux du Palais universitaire accueillaient la première session de l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe. Une centaine de parlementaires venus des pays membres s’y réunirent jusqu’au 4 septembre, inaugurant ainsi une nouvelle ère dans les relations européennes.

Les Strasbourgeois découvraient alors une réalité qui allait progressivement transformer leur ville : les drapeaux européens, les délégations étrangères, les débats multilingues. Ce qui paraît aujourd’hui familier constituait à l’époque une véritable révolution dans le paysage alsacien.

Un héritage toujours présent

Ce choix historique continue de façonner l’identité strasbourgeoise. Le Conseil de l’Europe, qui compte aujourd’hui 46 États membres, demeure l’une des organisations internationales les plus importantes du continent. Son siège, le majestueux Palais de l’Europe, s’est imposé comme un emblème de notre ville.

Plus encore, c’est la Cour européenne des droits de l’homme, créée en 1959 et installée à Strasbourg, qui incarne le mieux l’héritage du Traité de Londres. Chaque année, des milliers de citoyens européens se tournent vers cette institution pour faire valoir leurs droits fondamentaux.

Si d’autres organisations européennes ont depuis vu le jour, comme les Communautés européennes devenues Union européenne, toutes s’inspirent du modèle pionnier instauré par le Conseil de l’Europe. Et c’est bien à Strasbourg que cette aventure européenne a pris corps il y a 77 ans, faisant de notre ville l’un des symboles les plus puissants de la construction européenne.

Une date à célébrer

Alors que les institutions européennes font aujourd’hui partie intégrante du paysage strasbourgeois, ce 5 mai mérite d’être commémoré avec attention. Il rappelle que notre ville ne fut pas choisie par hasard pour incarner l’Europe, mais bien pour ce qu’elle représente : un carrefour de cultures, un lieu de dialogue et de réconciliation.

À l’heure où l’Europe fait face à de nouveaux défis, le message porté par le Traité de Londres et le choix de Strasbourg comme siège du Conseil de l’Europe garde toute sa pertinence. Il nous rappelle que l’histoire européenne s’écrit aussi, et peut-être avant tout, dans notre cité, au cœur de cette Alsace qui a tant souffert des déchirements du continent.