Depuis quelques jours, une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par Fahad Raja Muhammad, candidat aux élections municipales de Strasbourg en 2026, fait réagir dans la ville. En cause : une rallonge électrique, un campement de fortune, et une association prise en étau entre bonne volonté et responsabilité légale.
Une vidéo, une rallonge, et une accusation
Dans sa publication, Fahad Raja Muhammad décrit la situation sans détour : « Le camp de Krimmeri où vivent des êtres humains, qui vivent dans des conditions indignes et sans électricité. » Il pointe alors la proximité des locaux du Secours populaire : « Et là il y a le Secours populaire, à 10 mètres du campement. »
Son équipe aurait alors tenté une démarche qu’il présente comme simple : « Il y a quelque temps, on les a contactés pour une chose simple, tirer une rallonge électrique pour permettre aux habitants du campement d’avoir accès à un minimum d’électricité. » Une bénévole aurait non seulement accepté, mais indiqué un emplacement précis : « Une bénévole du Secours populaire qu’on a eu au téléphone avait accepté et nous avait même montré un emplacement précis sur lequel on pouvait brancher la rallonge. »
L’installation aurait dans un premier temps été bien accueillie : « Le jour où on a installé la rallonge, les habitants du campement étaient super contents, et en plus de ça on a remercié le Secours populaire en story. » Mais le lendemain, tout avait disparu. « Dès qu’on a su que la rallonge avait été enlevée, on a tout de suite contacté le directeur du Secours populaire qui nous répond énervé et qui nous explique en gros que jamais de la vie il accepterait que la rallonge reste sur le camp. »

Le Secours populaire Bas-Rhin répond et recadre
Face aux critiques, le Secours populaire français — fédération du Bas-Rhin — a publié un communiqué daté du 1er mai. L’association y assume sa position sans ambiguïté : « Il est effectivement impossible de tirer une rallonge depuis notre local vers le campement Krimmeri par mesure de sécurité et pour ne pas risquer le déclenchement d’un incendie. »
L’association rappelle en revanche l’étendue de son engagement concret auprès des habitants du campement : accès aux locaux 7 jours sur 7 pour recharger les appareils électriques, toilettes, eau, vestiaire de dépannage, bagagerie et ateliers. Elle précise également poursuivre ses interpellations des pouvoirs publics pour que ces personnes soient mises à l’abri.
Le communiqué se conclut par une mise en garde directe : l’association demande à ne pas être instrumentalisée à des fins politiques personnelles, et « encore moins d’instrumentaliser la détresse des personnes à la rue pour ces mêmes ambitions. »

Les Strasbourgeois divisés, mais une majorité derrière l’association
La vidéo a suscité de nombreuses réactions en ligne, et le soutien au Secours populaire y est majoritaire. La question de la responsabilité juridique revient en boucle dans les échanges : que se passerait-il en cas d’incendie ou d’électrocution liés à une rallonge en extérieur, par tous les temps ? Pour beaucoup d’internautes, la réponse est claire — c’est l’association qui en aurait porté les conséquences.
D’autres défendent plus largement le travail quotidien des bénévoles, soulignant l’ampleur des actions menées en faveur des personnes en détresse à Strasbourg et dans le Bas-Rhin, bien au-delà de ce que la vidéo laisse entendre.
Plusieurs commentaires soulèvent enfin la dimension politique de la démarche. Fahad Raja Muhammad avait lui-même appelé à voter pour Catherine Trautmann au second tour des municipales de mars 2026. La question se pose donc naturellement : pourquoi interpeller une association de bénévoles plutôt que la nouvelle mairie, désormais en place, pour trouver des solutions dignes et pérennes aux habitants du campement ?
Au-delà de la polémique, l’affaire remet en lumière une réalité que Strasbourg peine à résoudre : la situation du campement Krimmeri, où des personnes vivent dans des conditions précaires, sans hébergement digne. Une rallonge électrique ne saurait constituer une réponse à la hauteur. La vraie question — que posent finalement aussi bien les défenseurs du Secours populaire que ses détracteurs — reste entière : qui prend ses responsabilités pour mettre ces personnes à l’abri ?
