Ce samedi 2 mai 2026, le Centre culturel Marcel Marceau, situé 5 place Albert Schweitzer à Strasbourg-Neudorf, accueille un événement intitulé « La Palestine, le Génocide & le Droit International », organisé par le collectif Palestine 67. Au programme dès 14h : stands militants, atelier BDS, une conférence à 17h à places limitées, et une animation culturelle en soirée. Parmi les intervenants annoncés : Rima Hassan, eurodéputée La France Insoumise et juriste spécialisée en droit international, et Benjamin Fiorini, secrétaire général de l’Association des Juristes pour le Respect du Droit International (JURDI). Entrée gratuite, participation libre.
Sauf que la tenue de cet événement dans un équipement municipal ne passe pas sans remous.
Radio Judaïca tire la sonnette d’alarme
C’est Patrick Cohen, dans un édito publié sur Facebook au nom de Radio Judaïca Strasbourg, qui ouvre les hostilités. Pour lui, la manifestation du Marcel Marceau n’est pas un espace de dialogue mais « une mise en tension », et accueillir Rima Hassan dans un équipement public constitue une « faute politique ». Il interpelle directement la maire : « Madame la Maire, la neutralité des lieux publics n’est pas une option. Strasbourg mérite mieux que d’être le théâtre de ces divisions. Il est encore temps d’agir. »

La position de la Ville, discrète et en commentaire
C’est en réponse directe à ce post de Radio Judaïca Strasbourg qu’Anne-Pernelle Richardot, 4ème adjointe à la mairie de Strasbourg, intervient. Elle partage en commentaire un communiqué au nom de la municipalité, daté du 30 avril 2026 — document qui n’a pas été publié sur le site officiel de la Ville, ni relayé sur ses réseaux sociaux officiels.
Ce communiqué rappelle que Rima Hassan est actuellement poursuivie pour apologie du terrorisme, évoque des précédents lors de conférences similaires en France, et précise que la location de la salle avait été accordée par l’ancienne municipalité à la veille des élections. Il indique que la Ville a étudié toutes les options pour empêcher la tenue de l’événement dans un lieu municipal — y compris en échangeant avec la préfecture sur le risque de troubles à l’ordre public. Conclusion sans appel : les voies juridiques sont insuffisantes. La Ville s’engage toutefois à surveiller les propos tenus et à donner « toutes les suites nécessaires » si la loi venait à être franchie.
Richardot ajoute dans son commentaire personnel : « Rima H n’ayant jamais été condamnée à ce jour (et je suis la première à le regretter) et ce, malgré des propos inadmissibles, les voies de recours après signature d’une convention de location de salle sont minces. »


Le silence des autres adjoints : une question qui dérange
Et c’est précisément là que le bât blesse. Ce communiqué n’a pas été assumé collectivement. Aucun autre adjoint de la majorité municipale ne s’est exprimé publiquement sur le sujet. Pas de prise de position de Catherine Trautmann elle-même sur ses propres réseaux. Pas de communiqué officiel sur le site de la Ville. Rien.
Ce silence collectif interroge. Est-ce une position concertée — laisser Anne-Pernelle Richardot porter seule une réponse sous un commentaire Facebook, à l’abri d’une visibilité trop large ? Ou au contraire un désaccord interne sur la manière de traiter l’affaire, entre ceux qui voudraient aller plus loin et ceux qui préfèrent ne pas se positionner sur un terrain aussi inflammable ? La majorité municipale strasbourgeoise ne répond pas à ces questions. Et ce silence, pour beaucoup de Strasbourgeois, est tout aussi éloquent que n’importe quelle déclaration.

Liberté d’expression : bâillonner une élue non condamnée, vraiment ?
La question de fond mérite d’être posée clairement : peut-on, dans un État de droit, interdire à une élue de la République — eurodéputée, juriste, non condamnée à ce jour par quelque juridiction que ce soit — de prendre la parole dans une salle publique ? La réponse juridique est non, et la Ville le reconnaît elle-même.
Le 4 mars 2026, le tribunal correctionnel de Strasbourg avait relaxé Rima Hassan du chef d’injure publique dans l’affaire qui l’opposait à Pernelle Richardot — reconnaissant l’injure sans toutefois la sanctionner. Avant cela, en novembre 2024, c’est le tribunal administratif de Strasbourg qui avait suspendu l’interdiction de sa conférence à l’Université de Strasbourg. Deux fois déjà, la justice strasbourgeoise a refusé de valider une mise à l’écart de Rima Hassan.
Vouloir empêcher la tenue d’une conférence d’une personnalité politique non condamnée, au nom de propos qu’elle pourrait tenir, relève d’une logique préventive qui se heurte frontalement au principe de liberté d’expression. Beaucoup de Strasbourgeois — y compris parmi ceux qui n’ont aucune sympathie pour les positions de Rima Hassan — posent aujourd’hui une question simple à leur municipalité : où est la ligne rouge entre vigilance légitime et bâillonnement ?
Cette nouvelle séquence prolonge un feuilleton local bien documenté. Après la victoire judiciaire de novembre 2024 au tribunal administratif, Rima Hassan avait qualifié Pernelle Richardot d’« islamophobe assumée du PS » sur X, lui reprochant d’avoir assimilé sa conférence à du soutien aux « groupuscules islamistes ».
Un conflit personnel, politique et judiciaire entre les deux femmes qui dure depuis plus d’un an — et dont on peut légitimement se demander s’il ne colore pas, au moins en partie, la réaction municipale de ce 30 avril.

Strasbourg mérite un débat clair, pas des communiqués en commentaires
La capitale alsacienne, ville de paix et capitale européenne des droits humains, se retrouve une fois de plus à l’épicentre d’une tension nationale. Et ce que de nombreux Strasbourgeois attendent de leur municipalité, ce n’est pas un communiqué glissé discrètement sous un post Facebook en plein vendredi soir. C’est une position claire, assumée, publique — sur la liberté d’expression, sur les limites que la Ville entend fixer, sur ce qu’elle considère comme acceptable ou non dans ses équipements.
Le silence collectif des élus strasbourgeois sur un sujet aussi fondamental est, en lui-même, une réponse. Pas forcément celle que les Strasbourgeois méritent.
