La maison d’arrêt de Strasbourg affiche un taux d’occupation de 176 %. Dans un rapport accablant, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) décrit une structure vétuste, une promiscuité indigne, des fouilles abusives et une offre de soins et d’activités très insuffisante. Plongée dans une prison strasbourgeoise en crise.

🏢 Un établissement vétuste et une surpopulation chronique

Construite en 1988, la maison d’arrêt de Strasbourg, située dans le quartier de la Meinau, est exsangue. Lors du contrôle effectué du 5 au 16 mai 2025, elle comptait 763 détenus pour 432 places, soit un taux d’occupation de 176 % , avec six matelas au sol, tous positionnés au quartier des arrivants.

Les contrôleurs décrivent une structure très dégradée : problèmes récurrents de chauffage, eau chaude souvent absente l’après-midi, moisissures dans les cellules et toilettes très encrassées. La promiscuité est la norme : des cellules de 9 m², conçues pour une personne, sont systématiquement doublées. L’intimité aux toilettes est inexistante, le coin sanitaire étant visible depuis l’œilleton.

👮 Un déficit de personnel et des comportements problématiques

L’établissement manque cruellement de surveillants : 13 % de l’effectif théorique est vacant. Ce manque d’effectifs, couplé à une organisation en 14 rythmes de travail différents, dégrade la prise en charge. La directrice de l’administration pénitentiaire est appelée à mobiliser tous les leviers pour pourvoir les postes.

Si la majorité des agents est jugée professionnelle, le rapport pointe « quelques professionnels ayant un comportement totalement inadapté (provocations, brimades, insultes) », appelant la hiérarchie à enquêter et sanctionner.

📱 Livraisons par drones et fouilles excessives

Le rapport met en lumière une explosion des saisies, largement alimentée par les livraisons par drones :

· 680 téléphones saisis en 2024 contre 178 en 2023.
· 5,1 kg de stupéfiants saisis en 2024 contre 2,9 kg en 2023.

Face à ce trafic, l’établissement a eu recours de manière jugée « abusive » au régime dérogatoire des fouilles intégrales, qui concerne 99 détenus au moment du contrôle. Les contrôleurs recommandent que cette pratique, attentatoire à la dignité, reste exceptionnelle. Ils dénoncent également la palpation systématique des détenus à chaque sortie au quartier d’isolement, disproportionnée au regard du passage sous portique de sécurité.

👩 Femmes et mineurs : des quartiers délaissés

Le quartier des femmes (19 places pour 34 détenues) est décrit comme un espace où l’ennui règne. Peu d’activités de réinsertion, d’accès au sport ou aux formations professionnelles. Une cuisine et un salon de coiffure sont à l’abandon. Le quartier des mineurs nécessite une rénovation urgente des cellules et sanitaires.

⚕️ Un accès aux soins sous tension

L’unité sanitaire souffre d’un déficit de médecins. Les agents d’escorte assistent aux examens médicaux, en violation du secret médical, une pratique relevée dans les quartiers spécifiques (isolement, disciplinaire, UDV). Par ailleurs, les consultations médicales se déroulent souvent à travers la grille de la cellule, sans local adapté. Les personnes à risque suicidaire sont réveillées plusieurs fois par nuit pour une surveillance visuelle, une pratique que le rapport juge inadaptée.

📚 Des points positifs et des bonnes pratiques

Malgré ce tableau sombre, le rapport salue certaines initiatives :

· Une offre éducative exemplaire avec 60 professeurs intervenant pour 250 détenus.
· La mixité des activités et des cours, initiée dès 2017.
· La présence d’Emmaüs, qui offre quatre postes en contrat aidé pour réparer des vélos.
· Une équipe mobile « dedans-dehors » qui assure une continuité des soins psychiatriques et addictologiques à la sortie.

⚖️ Des peines peu aménagées et un droit à l’expression absent

Seules 17 % des personnes détenues touchent une rémunération. Le taux de permissions de sortir accordé est faible (63 sur 175 demandes en 2024). Enfin, le droit à l’expression collective (prévu par le code pénitentiaire) n’est pas mis en œuvre pour les adultes, et le droit de vote, bien que largement diffusé, reste difficile à exercer.