Lundi 20 avril 2026. Même bâtiment, deux mondes. D’un côté, la salle des Conseils du Centre administratif où le conseil municipal de Catherine Trautmann tient séance — indemnités, enveloppes budgétaires, désignations dans les sociétés à économie mixte. De l’autre, quelques mètres plus loin, une famille en galère qui attend, encore, un accès à une assistante sociale au CCAS.
Les élus s’organisent entre eux
L’ordre du jour de ce conseil municipal donne le ton. Indemnités de fonction des conseillers municipaux, affectation d’enveloppes budgétaires pour les collaborateurs des groupes d’élus, désignations dans des structures comme la SEM ASTER Energies, le Port Autonome de Strasbourg ou Habitation Moderne — autant de mandats annexes qui permettent aux élus de percevoir des rémunérations supplémentaires. Des motions sur le droit au logement et les solidarités figuraient également à l’ordre du jour. Belles intentions, sur le papier.
Sur le terrain, la réalité du jour était une tout autre histoire.

Cinq mois plus tard, rien n’a changé au CCAS de Strasbourg
En novembre 2025, StrasInfo avait déjà documenté l’état du CCAS de Strasbourg : lignes téléphoniques mortes, délais absurdes, familles renvoyées chez elles sans date ni solution. Cinq mois ont passé. Un mandat municipal s’est terminé, un autre a commencé. Et aujourd’hui, nous accompagnons la même famille, dans la même agence, pour la même demande : voir une assistante sociale.
La réponse reçue est identique à celle d’il y a cinq mois. Prochaine permanence : le 27 avril, à 8h du matin. Quatre personnes maximum seront reçues. Pas d’autre date, pas de liste d’attente, pas d’alternative. Si la famille n’est pas parmi les quatre premières arrivées ce matin-là, il faudra repartir et revenir après cette date — sans garantie de délai, sans aucun filet.
La raison ? Aucune assistante sociale disponible en dehors de ces rares permanences.
Une famille bloquée, des droits inaccessibles
Ce qui rend cette situation révoltante, c’est que l’enjeu dépasse largement le confort d’un rendez-vous. Plusieurs démarches concrètes — accès à des droits, déblocage d’aides, orientation vers des dispositifs d’urgence — ne peuvent être engagées qu’avec l’intervention d’une assistante sociale. Sans ce rendez-vous, les portes restent fermées. Les difficultés s’aggravent. Les situations qui auraient pu être stabilisées deviennent des crises.
Pendant que les élus désignent leurs représentants dans les sociétés à économie mixte, cette famille, elle, est priée de se lever tôt le 27 avril et d’espérer faire partie des quatre chanceux.

Strasbourg, ville des droits humains — sauf pour ses propres habitants
Strasbourg aime se présenter comme la capitale européenne des droits de l’Homme. La nouvelle majorité Trautmann a fait de la solidarité l’un de ses marqueurs de campagne. Mais la solidarité, ça ne se vote pas en salle des Conseils un lundi après-midi — ça se prouve dans les couloirs du CCAS un lundi matin, quand une famille frappe à la porte.
Cinq mois après notre premier article, la situation est inchangée. Le CCAS de Strasbourg fonctionne en sous-effectif chronique, sans capacité à absorber les demandes d’une ville de 300 000 habitants. Et la municipalité, qui vient tout juste de voter ses propres indemnités, n’a pour l’instant pas signalé que ce dossier figurait parmi ses urgences.
La question est simple, et elle mérite une réponse publique : quand Catherine Trautmann et son équipe prévoient-elles de donner au CCAS de Strasbourg les moyens humains d’assurer sa mission ?
