C’est un séisme discret mais lourd de sens dans le paysage politique strasbourgeois. Le 29 mai 2026, Hülliya Turan, a annoncé via un communiqué en quatre volets sa décision de quitter le Parti Communiste Français et de mettre fin à son engagement au sein de la Fédération du Bas-Rhin.
Militante communiste de longue date, elle était secrétaire départementale du PCF du Bas-Rhin depuis 2007, soit près de vingt ans à la tête de la fédération alsacienne. En 2020, elle avait également été élue conseillère municipale de Strasbourg sur la liste de Jeanne Barseghian, qui l’avait nommée adjointe en charge de l’éducation. Elle était aussi conseillère régionale Grand Est, élue référente du quartier de l’Elsau et membre du Conseil national du PCF.
Une cabale dénoncée à la veille du 40e congrès du PCF
Dans son communiqué, Turan ne mâche pas ses mots. Elle affirme que sa décision est « le résultat d’une cabale orchestrée » contre elle, nourrie selon elle de « mensonges et d’accusations infondées » — notamment des accusations de management toxique, d’emprise et de manipulation, qu’elle réfute catégoriquement.
Surtout, elle pointe le calendrier : sa mise à l’écart intervient à quelques jours seulement du 40e congrès du PCF, dont la brochure a été adoptée par le Conseil national le 29 mars 2026. Elle y voit une manœuvre délibérée pour « faire taire une voix dissonante et engagée », d’autant qu’elle incarnait, selon elle, une opposition aux orientations politiques nationales du parti.

La Fédération du Bas-Rhin « gangrenée par le carriérisme »
Au-delà de sa situation personnelle, Turan dresse un constat amer de l’état du parti. Elle accuse la Fédération du Bas-Rhin d’être aujourd’hui « gangrenée par des logiques opportunistes et carriéristes », où les intérêts individuels auraient pris le dessus sur l’engagement collectif. Une critique particulièrement cinglante venant d’une militante qui avait pourtant été reconduite à plusieurs reprises à la tête de cette même fédération.
Elle reconnaît que « toute période de fracture interne génère des souffrances » et exprime sa solidarité envers les camarades dont la santé psychique a été affectée, tout en refusant ce qu’elle nomme « l’instrumentalisation politique des ressentis et de la souffrance humaine ».
Turan tient à préciser qu’elle ne renonce à aucun de ses combats. Issue du milieu syndical, elle était notamment active à la CGT du Conseil Départemental du Bas-Rhin, elle affirme que l’éthique, l’exigence et la détermination resteront sa boussole. Elle conclut son communiqué par une formule qui résume sa vision : « La politique appartient à ceux qui travaillent, pas à ceux qui se placent. »
