Pour comprendre l’ampleur de la réunion du 9 juillet, il faut remonter un peu en arrière. Depuis 2022, le quartier de la Montagne-Verte, à Strasbourg, travaille sur un projet de réaménagement de la place d’Ostwald : circulation, végétalisation, création d’un cœur de quartier, sécurisation des cheminements. Un chantier porté à l’époque par l’ancienne municipalité de Jeanne Barseghian, et suivi de près par les habitants et par un collectif dédié, Transformons la place d’Ostwald (TPO), créé spécifiquement pour accompagner cette concertation.
Après l’alternance municipale de mars 2026 et l’arrivée de la nouvelle équipe de Catherine Trautmann, ce dossier — que beaucoup pensaient bouclé après trois années de travail — a été rouvert. Une décision annoncée seulement le jeudi 9 juillet, en fin de journée, à quelques heures de la réunion publique organisée pour en discuter avec les riverains.
Une réunion publique qui vire à l’affrontement
Ce jeudi soir, à 18h, les habitants se sont donné rendez-vous au premier étage de la mosquée Salam, à la Montagne-Verte. Beaucoup se connaissent déjà : depuis 2022, ils participent ensemble aux réunions de concertation sur l’avenir de la place d’Ostwald.
Face à eux, trois élus de la nouvelle majorité : Mourad Oualit, adjoint chargé de la jeunesse et de la vie associative du quartier, Paul Meyer, adjoint à l’urbanisme, et Landdry Augier, en charge de l’espace public et du stationnement.
Mais plutôt qu’un simple point d’étape, la soirée a tourné à l’affrontement. Les échanges ont été décrits comme particulièrement éprouvants : des habitants excédés qui haussent le ton, des élus qui répondent parfois sur un registre menaçant. Une ambiance électrique qui interroge sur la méthode choisie par la nouvelle municipalité pour renouer le dialogue avec les riverains.
« On ne peut pas appliquer tout ce qui a été promis » : la nouvelle majorité justifie sa remise à plat
Paul Meyer a assumé la remise en question du projet : « On ne peut pas appliquer tout ce qui a été promis sous l’ancien mandat », a-t-il affirmé, reprochant à l’ancienne municipalité un manque de travail sur le coût du projet et les priorités d’investissement pour le quartier.
Une position qui n’a pas convaincu tout le monde dans la salle. Plusieurs riverains ont contesté le tracé de circulation retenu, concentré sur la seule rue d’Ostwald au pied de nouvelles habitations : « Il n’y a pas de raison de nous faire subir une nouvelle expérience de pollution et de bruit », a lancé l’un d’eux.

Le collectif TPO dénonce un travail balayé d’un revers de main
Du côté du collectif TPO, engagé depuis trois ans sur ce dossier, le sentiment est à l’amertume. Ses membres reprochent à la nouvelle équipe municipale de remettre en cause tout le travail accompli jusqu’ici, sans concertation claire : « On ne peut pas laisser dire que tout ce travail accompli jusqu’ici, ce n’est que celui d’un petit groupe », a réagi l’un de ses représentants.
Un point que partagent de nombreux habitants du quartier : après trois ans à donner de leur temps personnel pour améliorer le cadre de vie de la Montagne-Verte, certains vivent cette remise à plat comme un désaveu brutal, voire comme une manière de diviser les différents quartiers de la Montagne-Verte plutôt que de les rassembler.
1,7 million d’euros déjà votés : la question des priorités budgétaires
Le nerf de la guerre reste le financement. Mourad Oualit a publiquement interrogé la pertinence des sommes déjà engagées : « Si on consacre 1,7 million d’euros à ce projet, est-ce qu’on aura encore les moyens de financer d’autres opérations ? Je m’interroge sur nos priorités », a-t-il lancé.
Un argument qui renvoie à un débat plus large sur les investissements dans les quartiers de la Montagne-Verte, quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) : services publics, lieux culturels et sportifs, apaisement du trafic sur la route de Schirmeck, aménagement de voies cyclables. Des besoins réels, largement partagés, mais qui interrogent sur la méthode retenue pour les traiter — quand d’autres quartiers prioritaires, comme l’Elsau ou Koenigshoffen, avaient déjà été identifiés comme prioritaires sous le précédent mandat.
Et maintenant ? Aucune réponse claire sur la méthode ni le calendrier
À l’issue des échanges, entre les élus et la centaine de riverains présents, rien n’a véritablement été tranché. « On est d’accord pour améliorer le projet avec la nouvelle mandature, mais on ne connaît ni la méthode ni le calendrier. On n’a obtenu aucune réponse aujourd’hui. C’est assez dur de positiver », résume un membre du collectif TPO.
Un constat partagé par une participante, qui appelle malgré tout à préserver une dynamique collective : « On a besoin de faire société à la Montagne-Verte. »
Trois années de concertation, 1,7 million d’euros déjà votés, un collectif d’habitants mobilisé depuis 2022 : à ce stade, rien ne garantit que le projet de réaménagement de la place d’Ostwald verra le jour tel qu’il avait été initialement imaginé. La balle est désormais dans le camp de la nouvelle municipalité, attendue sur des réponses concrètes.
