Une opération d’envergure coordonnée par la Section de recherches de Strasbourg a permis de démanteler un vaste réseau de trafic de migrants entre l’Europe de l’Est, l’Italie et la France. Au terme de deux années d’investigations minutieuses, vingt-quatre personnes ont été interpellées, dont douze déjà mises en examen.
Une opération judiciaire d’envergure
C’est le fruit d’un travail de longue haleine qui a abouti le 1er avril dernier. Près de 300 gendarmes ont été mobilisés simultanément dans la région Grand Est, en Savoie, en région parisienne et en Italie pour mettre fin aux activités d’un réseau international de trafic de migrants. Cette opération, menée sous l’autorité du parquet de Strasbourg, marque l’aboutissement d’une enquête débutée fin 2022.
Les investigations ont été menées par la Section de recherches de Strasbourg dans le cadre d’une cellule d’enquête réunissant différentes forces de gendarmerie, avec l’appui d’Europol. Ce dispositif exceptionnel a permis d’identifier plusieurs suspects, tant en France qu’en Italie.

Un réseau bien implanté en Alsace
L’Alsace constituait un maillon essentiel de cette organisation criminelle. C’est dans notre région que les enquêteurs ont localisé les logisticiens du trafic, véritables coordinateurs de l’opération. Ces derniers étaient chargés de recruter des chauffeurs qui se rendaient ensuite en Europe de l’Est pour prendre contact avec des passeurs locaux.
Les migrants, parmi lesquels de nombreuses femmes et enfants originaires d’Afghanistan, de Syrie, de Libye, d’Irak et d’Iran, étaient ensuite transportés dans des conditions qualifiées d’ »indignes » par le procureur de la République. Entassés à l’arrière de fourgons, parfois plus de trente dans un même véhicule, ils étaient acheminés vers différents pays européens.
Un trafic extrêmement lucratif
Les sommes en jeu témoignent de l’ampleur du trafic. Selon les premiers éléments de l’enquête, les chauffeurs pouvaient percevoir jusqu’à 25 000 euros par trajet. Lors des perquisitions, les forces de l’ordre ont saisi des biens et du numéraire pour une valeur totale estimée à 130 000 euros.
À l’issue des gardes à vue, douze personnes ont été déférées devant la justice et mises en examen les 3 et 4 avril 2025 pour « association de malfaiteurs, aide à l’entrée ou au séjour irrégulier d’étrangers en bande organisée et blanchiment« . Sur réquisition du parquet, dix d’entre elles ont été placées en détention provisoire, tandis que deux autres ont été placées sous contrôle judiciaire.

Une collaboration internationale efficace
Cette opération illustre l’efficacité de la coopération entre les forces de l’ordre françaises et italiennes. Côté français, outre la Section de recherches de Strasbourg qui pilotait l’enquête, des gendarmes des groupements départementaux du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, de la Moselle, de la Savoie et de Seine-et-Marne ont participé à l’opération, ainsi que des membres de la Section de recherches de Chambéry. En Italie, les policiers de la Squadra mobile de Turin et de Bologne ont été mobilisés.
L’enquête se poursuit
Si un coup sévère a été porté à cette organisation criminelle, l’enquête n’est pas terminée pour autant. Les investigations se poursuivent afin de « caractériser le rôle de chacun et identifier et arrêter d’autres mis en cause« , précise le communiqué du procureur de la République. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer l’ampleur exacte du réseau et à appréhender d’éventuels complices encore en liberté.
Cette affaire rappelle que Strasbourg, par sa position géographique stratégique au cœur de l’Europe, peut constituer un point névralgique pour les filières d’immigration clandestine. Elle souligne également l’engagement des forces de l’ordre locales dans la lutte contre ces trafics qui exploitent la détresse de personnes vulnérables.
