Par une décision rendue le 28 juillet dernier, le tribunal administratif de Strasbourg a donné raison à la Ville et à son Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) dans leur bras de fer avec l’État sur l’hébergement d’urgence. Une victoire judiciaire qui pourrait faire jurisprudence bien au-delà du Bas-Rhin.
Une double condamnation pour carence de l’État
Le tribunal administratif de Strasbourg a tranché : l’État devra verser 242 284,77 euros à la Ville de Strasbourg et 294 669,30 euros au CCAS, soit un total de près de 537 000 euros, auxquels s’ajoutent les intérêts et 1 500 euros de frais de justice pour chacun des deux dossiers. En cause, un manquement répété de l’État à son obligation légale de mettre à l’abri les personnes sans solution d’hébergement, une compétence qui lui incombe en premier lieu.
Ce n’est pas un cas isolé. La procédure avait été engagée en 2024, lorsque Strasbourg avait saisi son tribunal administratif aux côtés de quatre autres municipalités écologistes et socialistes : Lyon, Bordeaux, Rennes et Grenoble. L’intention d’engager ce recours avait été annoncée par la municipalité dès 2022.
Krimmeri, symbole d’une crise persistante
Le dossier résonne particulièrement à Strasbourg, où le campement de Krimmeri est devenu l’un des visages les plus visibles de la crise du sans-abrisme. En mai 2026, au moins 33 enfants, pour la plupart scolarisés, y vivaient encore sous tente faute de solution d’hébergement pérenne. Le site avait connu une évacuation en janvier 2026.
Cette décision de justice met en lumière l’ampleur du manquement de l’État en matière d’hébergement, qui aurait laissé des familles à la rue sans financer les capacités nécessaires. Pendant le précédent mandat municipal, 600 nouvelles places d’hébergement avaient dû être financées par la Ville, permettant de mettre à l’abri 1 150 personnes chaque soir.

Quelles conséquences pour la nouvelle municipalité ?
Cette condamnation intervient à un moment charnière pour Strasbourg. L’ancienne équipe municipale appelle la nouvelle mairie à poursuivre la politique engagée en matière d’accueil, tout en continuant de mettre l’État face à ses responsabilités. Ce jugement pourrait désormais pousser la Ville à mettre à l’abri sans délai les personnes qui occupent actuellement le campement de Krimmeri, et à solliciter le remboursement de ces frais auprès de l’État.
La décision tombe par ailleurs quelques mois après une annonce de la préfecture du Bas-Rhin sur la suppression de places d’hébergement d’urgence pour certaines familles étrangères en situation irrégulière, une mesure qui avait déjà suscité des critiques d’élus locaux sur le manque de soutien de l’État face à des situations complexes.
Un appel encore possible
L’État dispose d’un délai pour contester cette décision : il peut faire appel jusqu’au 24 septembre. L’issue de cette procédure sera scrutée de près par les autres collectivités engagées dans des recours similaires, alors que la question du financement de l’hébergement d’urgence reste un point de friction récurrent entre l’État et les grandes villes françaises.
