Marie-No Gandzion, nommée en mars dernier adjointe à la maire de Strasbourg Catherine Trautmann et chargée de l’égalité, de la lutte contre les discriminations et des droits des femmes, est mise en cause dans une enquête publiée le 14 juillet 2026 par l’ONG britannique Finance Uncovered, en partenariat avec la coalition Opening Central Africa. Les journalistes affirment avoir retracé onze biens immobiliers à Paris, Miami et Strasbourg, liés à quatre membres de la famille Gandzion, une famille congolaise proche du pouvoir à Brazzaville. Quatre de ces logements, situés dans le centre historique de Strasbourg à proximité de la cathédrale, seraient rattachés à une société dont Marie-No Gandzion a été associée et gestionnaire.
Un père identifié comme intermédiaire dans le scandale pétrolier Gunvor
Selon l’enquête de Finance Uncovered, Marie-No Gandzion est la fille de Leopold Maxime Gandzion, 71 ans, décrit comme un « conseiller spécial » du président congolais Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis 1979. C’est justement le rôle de ce dernier qui est au centre de l’affaire : d’après une enquête publiée dès 2017 par l’ONG suisse Public Eye, intitulée « Gunvor in Congo », Maxime Gandzion aurait servi d’intermédiaire pour le négociant pétrolier suisse Gunvor auprès de la présidence congolaise, dans le cadre de contrats pétroliers signés entre 2010 et 2012 avec la Société nationale des pétroles congolais (SNPC). Public Eye rapporte que Gunvor aurait versé plusieurs millions de dollars à Maxime Gandzion pour ces services d’intermédiation. En 2019, le Ministère public de la Confédération suisse a condamné Gunvor à une amende et à une créance compensatrice de près de 94 millions de francs suisses pour ne pas avoir empêché des faits de corruption d’agents publics étrangers commis par ses employés. Maxime Gandzion n’a pas été poursuivi personnellement dans cette procédure suisse, et n’a pas répondu aux sollicitations de Finance Uncovered.

Quatre appartements strasbourgeois au cœur de l’enquête
Selon les documents consultés par Finance Uncovered, une société civile immobilière constituée en juin 2011 posséderait quatre logements dans un immeuble du centre-ville de Strasbourg, en bordure d’une place proche de la cathédrale Notre-Dame, ainsi qu’une place de stationnement à proximité. Les journalistes précisent ne pas avoir pu consulter les actes notariés, la réglementation propre au régime local d’Alsace-Moselle limitant l’accès des journalistes au livre foncier. Ils indiquent également ne pas être en mesure de déterminer l’origine des fonds ayant permis ces acquisitions.
D’après son propre profil professionnel, cité par l’enquête, Marie-No Gandzion a dirigé pendant cinq ans, entre 2010 et 2015, un « family office » chargé de la gestion administrative d’un patrimoine immobilier familial réparti entre plusieurs villes, dont Strasbourg et Miami. Cette période a débuté un mois avant le début des livraisons pétrolières controversées à Gunvor évoquées par Public Eye.
Sollicitée par Finance Uncovered sur l’origine des fonds ayant permis ces acquisitions et sur un éventuel lien avec l’affaire Gunvor, Marie-No Gandzion n’a pas répondu aux questions des journalistes.
La maire de Strasbourg dit découvrir l’affaire
Interrogée par Finance Uncovered, Catherine Trautmann affirme n’avoir eu « aucune connaissance » de ces éléments, ni pendant la campagne municipale, ni au moment de la constitution de son exécutif. La maire socialiste précise avoir désigné ses adjoints selon des critères d’engagement associatif et de compétence, et souligne avoir nommé Marie-No Gandzion en reconnaissance de son investissement sur les questions de petite enfance, de lutte contre les discriminations et de place des femmes dans l’économie strasbourgeoise. Catherine Trautmann indique n’avoir, à ce jour, connaissance d’aucun élément mettant en cause la responsabilité personnelle de son adjointe, tout en se disant disposée à réexaminer la situation si des preuves nouvelles et étayées venaient à être portées à sa connaissance.

Une affaire qui interroge au-delà de Strasbourg
Finance Uncovered et Opening Central Africa inscrivent cette enquête dans un projet plus large visant à documenter les patrimoines immobiliers détenus à l’étranger par des personnes politiquement exposées et leurs proches. Les deux organisations rappellent qu’au Congo-Brazzaville, pays doté d’importantes ressources pétrolières et gazières, plus de la moitié de la population vivrait sous le seuil de pauvreté, une situation régulièrement documentée par les organisations internationales de lutte contre la corruption.
À ce stade, aucune procédure judiciaire française n’a été ouverte visant spécifiquement les biens strasbourgeois évoqués par l’enquête. L’affaire relance néanmoins, à l’échelle locale, la question de la vigilance exercée par les exécutifs municipaux lors de la constitution de leurs équipes.
