Ce samedi, Reichstett a vécu un moment inédit dans son histoire : la toute première manifestation jamais organisée dans ce village alsacien aux portes de Strasbourg. Un rassemblement qui marque un tournant dans la contestation citoyenne contre le projet de stockage de gaz naturel liquéfié porté par l’entreprise Tepsa.
Une première historique pour Reichstett
218 personnes se sont réunies samedi à l’appel d’une dizaine d’organisations citoyennes, écologiques, syndicales et politiques. Un chiffre symbolique pour cette commune du Bas-Rhin qui n’avait, selon les organisateurs, jamais connu de mobilisation de ce type. Cette manifestation s’inscrit dans une dynamique lancée en février par deux frères originaires du village, qui ont initié la contestation contre l’installation d’un site de stockage de GNL sur leur terre d’enfance.

Le projet Tepsa au cœur de la contestation
À l’origine du conflit : un projet porté par l’entreprise Tepsa, détenue par un fonds d’investissement américain, qui souhaite installer un stockage de gaz naturel liquéfié sur un site classé Seveso seuil haut. L’entreprise y exploite déjà l’un des plus importants sites de stockage d’hydrocarbures de France.
Le projet a été validé et subventionné par l’État début 2025, malgré une opposition locale qualifiée d’unanime : habitants, communes limitrophes, intercommunalité, ville de Strasbourg, députés et sénateur du département, associations de protection de la nature, organisations écologistes et syndicats s’y opposent tous.
Sécurité et transparence en question
Les opposants pointent plusieurs zones d’ombre autour du projet. Les cuves seraient installées à proximité immédiate des habitations, tandis que le rapport de risque n’aurait pas été communiqué et que la modélisation des impacts en cas d’explosion serait incomplète. Le collectif Teps’out évoque également des précédents chez Tepsa, avec plusieurs incidents recensés sur des sites comparables en France et en Espagne.

Un gaz importé, des alternatives locales écartées
Pour le collectif Teps’out, le GNL importé d’Algérie et destiné principalement à alimenter camions et bus ne répond ni aux enjeux de souveraineté énergétique, ni à ceux de la pollution de l’air ou de la sécurité écologique actuelle. Le collectif rappelle que des solutions alternatives, électrique et hydrogène, existent déjà sur le territoire et sont privilégiées par un récent rapport du ministère de l’Économie, qui exprime lui aussi des réserves sur la pertinence du GNL pour le transport lourd.
La mobilisation intervient alors que la région traverse son troisième épisode caniculaire de l’année, un contexte que les élus et collectifs présents ont mis en avant pour souligner l’incompatibilité d’un projet d’énergie fossile avec l’urgence climatique.
Recours juridique et mobilisation citoyenne : les prochaines échéances
Le dossier doit désormais franchir une étape judiciaire : le tribunal administratif doit rendre son délibéré cet été sur le recours déposé par la mairie de Reichstett et une association locale. Le collectif Teps’out se montre toutefois prudent sur l’issue de cette procédure, rappelant que le tribunal statue sur la légalité du projet et non sur sa désirabilité, et que l’invalidation de ce type de projet d’aménagement resterait, selon son avocate, un cas rare, concernant moins de 5 % des recours.
Si le recours échoue, la mobilisation citoyenne restera le principal levier pour tenter d’infléchir la décision du fonds américain propriétaire de Tepsa avant le démarrage prévu des travaux en septembre.

Une pétition qui franchit un cap symbolique
Autre indicateur de la montée en puissance du mouvement : la grande pétition lancée par Teps’out a symboliquement dépassé les 4 000 signatures ce samedi. Sa remise officielle est prévue début septembre, moment charnière qui coïncidera avec le début programmé des travaux si le projet n’est pas stoppé d’ici là.
Le collectif, constitué début 2026, revendique aujourd’hui une quarantaine de membres actifs et une visibilité croissante sur les réseaux sociaux, où ses contenus auraient déjà été vus par des centaines de milliers de personnes.
