Le 8 mai, pendant que la France célèbre la victoire alliée, des dizaines d’associations et partis strasbourgeois appellent à un rassemblement place Kléber pour ne pas oublier un autre 8 mai : celui des massacres d’Algériens en 1945.
Un rassemblement place Kléber pour la mémoire et la dignité
Ce vendredi 8 mai 2026, à 16h, place Kléber à Strasbourg, un rassemblement est organisé pour la reconnaissance des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata. Quatre-vingt-un ans après les faits, des dizaines d’organisations strasbourgeoises — associations, syndicats, partis politiques — se rejoignent sous un mot d’ordre commun : mémoire, justice, dignité.
L’appel est signé par un large front : AES, ATMF, Calima, CCIS Strasbourg, CJACP, DNSI, Eucaso, EMF Strasbourg, FSE, Justice & Libertés, Les Écologistes, LFI 67, LP 67, MRAP Strasbourg, NPA Anticapitaliste, PCF 67, POI 67, Solidaires, UCL 67. Des élus du groupe municipal « Strasbourg insoumise, fière et solidaire » — Lisa Farault, Benjamin Kuntz, Florian Kobryn, Halima Meneceur — s’y associent également.

Le 8 mai 1945, une double date dans l’histoire
Le 8 mai 1945 est gravé dans la mémoire collective européenne comme le jour de la capitulation de l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais en Algérie, ce même jour marque le début de massacres à grande échelle dans les régions de Sétif, Guelma et Kherrata.
Des Algériens avaient manifesté ce jour-là, réclamant liberté et dignité, portant des drapeaux et des pancartes revendiquant l’indépendance. La répression française fut brutale et massive. Les estimations varient fortement selon les sources, mais des milliers de civils algériens furent tués dans les semaines qui suivirent — une réalité historique reconnue partiellement par les autorités françaises, mais jamais officiellement qualifiée de crime contre l’humanité ni totalement assumée sur le plan mémoriel.
Une reconnaissance qui tarde, un débat qui persiste en France
La question de la reconnaissance officielle des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata reste l’un des points les plus sensibles de la relation franco-algérienne. En 2005, l’ambassadeur de France en Algérie avait qualifié les événements de « tragédie inexcusable ». En 2021, Emmanuel Macron avait reconnu que le système colonial français avait été « brutal » et que ces événements constituaient un « crime inexcusable pour la République ». Mais aucune loi, aucune résolution du Parlement français n’a à ce jour officiellement reconnu ces faits comme un crime d’État.
C’est précisément cette absence de reconnaissance formelle que dénoncent les organisateurs du rassemblement strasbourgeois.

Strasbourg, ville de mémoire et de droits humains, interpellée
Le choix de la place Kléber — cœur symbolique de Strasbourg — n’est pas anodin. Strasbourg, siège du Conseil de l’Europe et de la Cour européenne des droits de l’Homme, se veut une ville de référence en matière de droits fondamentaux et de mémoire historique. Pour les organisateurs, c’est ici, dans cette ville à vocation européenne et internationale, que la parole mémorielle prend une résonance particulière.
Le rassemblement se veut ouvert à toutes et tous, sous le triptyque affiché : « Pour la mémoire – Pour la justice – Pour la dignité. »
