Lundi 28 septembre 2026, les 20 élus des trois groupes d’opposition ont quitté le conseil municipal de Strasbourg vers 21 h 15. Ils sont partis juste après l’adoption du nouveau règlement intérieur de l’assemblée, à l’issue de plusieurs heures de débats. La séance s’est poursuivie sans eux, la majorité de Catherine Trautmann examinant encore plusieurs délibérations importantes.

Un règlement transmis à la dernière minute

La dernière version du texte n’aurait été communiquée aux groupes d’opposition que vingt minutes avant l’ouverture du conseil. Jean-Philippe Vetter a demandé une suspension de séance de quinze minutes pour en prendre connaissance. Elle a finalement duré plus d’une heure et demie.

Un amendement porté conjointement par les oppositions a ensuite été rejeté par la majorité. Il réclamait 2 h 30 pour les textes additionnels, une résolution municipale par groupe et par an, et davantage de temps pour les questions orales. Le règlement a été adopté par 45 voix contre 20. Jeanne Barseghian a alors annoncé le départ de son groupe, aussitôt suivi par les autres.

Ce que change le nouveau règlement intérieur

Les principales évolutions sont les suivantes :

  • le deuxième tour de parole est limité à trois minutes ;
  • les résolutions municipales disparaissent ;
  • le temps des textes additionnels est plafonné à 1 h 30 ;
  • chaque groupe ne peut présenter qu’un texte à la fois, avant que les autres groupes aient pu en présenter un ;
  • le seuil pour constituer un groupe passe de deux à quatre élus ;
  • un article « Sanctions » permet à la maire de réprimer certaines infractions, jusqu’à l’exclusion d’un élu ;
  • une retenue sur indemnité est prévue en cas d’absence à plus de 30 % des séances et commissions ;
  • cinq commissions thématiques sont créées : Ressources, Culture et patrimoine, Solidarités, Urbanisme et Attractivité.

Trois oppositions, une même colère

Le geste est d’autant plus notable que les groupes concernés diffusent rarement le même message : Strasbourg Juste et Vivante (Jeanne Barseghian), l’union du centre, de la droite et de la société civile (Jean-Philippe Vetter) et Strasbourg insoumise, fière et solidaire (Florian Kobryn). Tous ont publié des communiqués dénonçant un recul démocratique. Ils estiment que le texte réduit leur capacité à faire voter des propositions, à s’exprimer, à interpeller l’exécutif et à contrôler son action. Jeanne Barseghian a rappelé que la majorité avait recueilli 37 % des voix et que les 63 % restants avaient aussi des représentants au conseil.

La réponse de la majorité Trautmann

La majorité défend un texte destiné à éviter des séances interminables et à favoriser le travail en commission. Elle met en avant plusieurs concessions : maintien d’un deuxième tour de parole, hausse du temps consacré aux textes additionnels et création des cinq commissions. Elle affirme que le règlement doit améliorer la qualité, la fluidité, la sérénité et la dignité des débats.

Une séance déjà tendue sur l’audit financier

Le climat était déjà électrique. Le conseil avait d’abord débattu de l’audit financier présenté par Deloitte, qui évoque une épargne nette devenue négative et la nécessité de trouver environ 36 millions d’euros à court terme. Jean-Philippe Vetter redoute une hausse des impôts, Florian Kobryn dénonce une préparation à l’austérité, et Syamak Agha Babaei défend le bilan de l’ancienne municipalité. Catherine Trautmann a répondu qu’elle n’était pas devenue maire pour gérer la catastrophe.

Des dossiers locaux laissés de côté

Avant la séance, les groupes d’opposition prévoyaient de porter plusieurs sujets : hausse des tarifs des musées, report de rénovations de l’opéra et du théâtre de Hautepierre, intelligence artificielle sur des affiches municipales, financement du sport associatif, sécurisation d’une piste cyclable au parc Rotterdam, retour de la foire Saint-Jean près du jardin des Deux-Rives. Ces sujets concernent directement le quotidien des Strasbourgeois.