Un homme de 53 ans. Intérimaire. Mort un samedi de mars à l’usine Alsace Lait. Son décès, survenu le 28 mars dernier, illustre brutalement ce que syndicats et élus dénoncent depuis des années : une hécatombe silencieuse sur les lieux de travail français, qui s’aggrave d’année en année.

À Strasbourg, la CGT du Bas-Rhin et deux eurodéputés appellent à un rassemblement mardi 28 avril à 15h30, place de la République, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les accidents du travail et maladies professionnelles.

Une hausse alarmante des accidents mortels

Les chiffres sont accablants. En 2024, 764 personnes sont mortes au travail en France selon l’Assurance maladie — un chiffre qui n’intègre ni les maladies professionnelles ni les travailleurs sans papiers. Depuis 2017, la hausse atteint 44 % : cette année-là, on recensait 530 morts. L’eurodéputée LFI Marina Mesure, ancienne syndicaliste du BTP et co-organisatrice du rassemblement strasbourgeois, pointe une aggravation directement liée à la suppression des CHSCT — ces comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, disparus avec les ordonnances Macron en 2017. Ces instances avaient notamment la capacité d’engager des actions juridiques. La CGT du Bas-Rhin réclame leur rétablissement.

Les jeunes et les apprentis, premières victimes oubliées

Le phénomène touche aussi les plus jeunes. En 2025, cinq adolescents ont perdu la vie sur leur lieu de travail ou de stage. Laurent Feisthauer, secrétaire général de la CGT Bas-Rhin, alerte sur l’insuffisance des protections dans les lycées généraux, où les stages en entreprise sont jugés particulièrement risqués, faute de collègues formés à l’encadrement. La mort d’un lycéen du Gard en stage de seconde a poussé les ministres du Travail et de l’Éducation à annoncer, le 23 avril, le lancement d’une mission pour renforcer la sécurité des stages de 3e et de 2de.

Des contrôles qui s’affaiblissent, des condamnations trop légères

La CGT pointe également la baisse continue du nombre d’inspecteurs du travail — tendance que viendra illustrer la présence annoncée d’Anthony Smith, ancien inspecteur du travail devenu eurodéputé LFI. Côté judiciaire, les condamnations sont jugées dérisoires au regard des drames humains. Marina Mesure, proche du collectif des familles de victimes, rappelle l’indignité de certaines indemnisations : la vie d’un fils évaluée au prix d’un utilitaire.

Le rassemblement place de la République s’inscrit dans la commémoration du 28 avril, date bien connue des professionnels du BTP mais encore trop ignorée du grand public. L’objectif : faire des morts au travail un sujet politique à part entière, remettre les chiffres sur la table — les données 2025 de l’Assurance maladie ne sont toujours pas publiées — et exiger des réponses concrètes.