C’est une avancée qui dépasse les frontières, mais qui a été pensée et démontrée depuis Strasbourg. Une équipe de l’Institut Terre & Environnement de Strasbourg (Ites, Université de Strasbourg / CNRS) a révélé que le séisme de Kahramanmaraş, survenu en février 2023 en Turquie, a déclenché un phénomène inédit à plus de 1 000 kilomètres de distance, dans le bassin de Kura, à l’est de la mer Caspienne. Selon les chercheurs, cet événement équivaut à un séisme de magnitude 6, mais sans provoquer la moindre secousse ressentie par les habitants. Cette découverte, publiée ce vendredi 5 septembre 2025 dans la prestigieuse revue Science, confirme le rôle central des chercheurs strasbourgeois dans la compréhension des grands mécanismes sismiques.

🔬 Des séismes « silencieux » qui intriguent les scientifiques

Les chercheurs parlent de glissements asismiques : des mouvements de failles qui, contrairement aux tremblements de terre classiques, ne génèrent pas d’ondes sismiques et donc pas de secousses perceptibles. Pourtant, les instruments ont enregistré dans le Caucase des déplacements de terrain atteignant plusieurs dizaines de centimètres. Ces mouvements sont liés à la présence de volcans de boue et de fluides souterrains qui, sous l’effet des ondes envoyées depuis la Turquie, ont agi comme un lubrifiant naturel des failles. Conséquence : plus de 55 volcans de boue dans la région ont présenté des déformations ou des débuts d’éruption, confirmant l’ampleur de l’impact indirect du séisme turc. Ce type de phénomène, jusqu’ici difficile à observer, permet désormais aux scientifiques d’affiner leur compréhension de l’influence des fluides dans la croûte terrestre.

🛰️ Strasbourg au centre d’un réseau scientifique mondial

Si cette découverte fait le tour du monde, c’est bien à Strasbourg qu’elle a pris forme. L’équipe dirigée par Cécile Doubre et Alessia Maggi, en collaboration avec l’École normale supérieure de Paris et le CNRS, a combiné les données issues de satellites radar européens (Sentinel-1, programme ESA), des mesures GPS et des enregistrements sismologiques locaux. Pour traiter cette masse colossale d’informations, les chercheurs ont mobilisé les capacités de calcul haute performance (HPC) de l’Université de Strasbourg, confirmant l’importance des infrastructures de recherche bas-rhinoises. Ces moyens techniques et humains font de Strasbourg un acteur incontournable dans l’étude des risques naturels, et renforcent son rôle au sein de la communauté scientifique internationale.

⚡ Une découverte qui interpelle aussi en Alsace

Au-delà de la prouesse scientifique, cette étude interpelle directement les Strasbourgeois et plus largement les habitants du Bas-Rhin. Elle montre qu’un séisme majeur peut avoir des répercussions bien au-delà de sa zone de rupture, jusqu’à des milliers de kilomètres de distance. Les modèles tectoniques devront désormais prendre en compte ces effets à longue portée pour mieux anticiper les risques. À Strasbourg, ville située dans une région de sismicité modérée mais surveillée de près, cette recherche contribue à améliorer la connaissance et la prévention face à des phénomènes encore mal compris. C’est aussi un rappel de l’importance des travaux menés localement, dont l’impact peut être mondial. En reliant directement un événement dramatique vécu en Turquie à des observations inédites dans le Caucase, les chercheurs strasbourgeois montrent à quel point notre territoire peut jouer un rôle clé dans la compréhension des grandes dynamiques de la planète.