Six mois après l’élection de Catherine Trautmann à la mairie de Strasbourg, sept associations et collectifs locaux dressent un bilan sévère de la gestion municipale du sans-abrisme. Dans un courrier ouvert adressé à la maire à la veille du conseil municipal du 28 septembre, Vital Humanity, Cœur de la rue, Enfants à la rue – État hors-la-loi, Coup d’Bol, le Collectif 67 « Pas d’enfant à la rue », DAL 67 et D’ailleurs nous sommes d’ici dénoncent un « statu quo » sur un dossier qu’ils jugent pourtant urgent.
Six mois de mandat, un bilan contrasté sur l’hébergement d’urgence
Le texte revient mois par mois sur les annonces municipales et leur traduction concrète sur le terrain. En mai, le rallumage de l’éclairage public nocturne, présenté comme une mesure de sécurité pour « une ville qui protège », est mis en regard avec la situation de dizaines de femmes et d’enfants dormant alors déjà à la rue, parfois depuis plusieurs mois.
En juin, le plan canicule municipal — points d’eau supplémentaires, suivi des personnes âgées isolées, appel à « oser demander de l’aide » — est confronté au vécu des familles installées sous tente au campement de Krimmeri, exposées à des températures de 37°C sans point d’eau ajouté sur place ni mise à l’abri par la Ville.

La condamnation de l’État par le tribunal administratif, un jugement resté sans suite locale
Point central du courrier : la décision du tribunal administratif de Strasbourg, en juillet, condamnant l’État à verser 537 000 euros au CCAS et à la Ville en réparation des frais d’hébergement d’urgence de personnes sans abri. Si le jugement rappelle qu’il revient à l’État de mettre en œuvre le droit à l’hébergement d’urgence, il précise aussi que cette compétence n’exclut pas l’intervention de la commune, à titre supplétif lorsque l’État est défaillant.
Pour les signataires, cette décision aurait pu servir de levier : faire pression sur la préfecture du Bas-Rhin après la suppression de 800 places d’hébergement pour les ménages à droits incomplets, et affirmer que la « ville qui protège » prendrait le relais. Selon le courrier, aucune de ces deux démarches n’a été engagée.
Krimmeri, canicules à répétition et aménagements jugés hostiles
L’été a été marqué par un quatrième épisode de canicule depuis juin, sans interruption des distributions alimentaires assurées par les associations sur les campements et dans le centre-ville strasbourgeois. Le courrier pointe également l’aménagement de l’espace libéré par la fin des travaux à Krimmeri : des monticules de terre y auraient été déversés pour empêcher l’installation de nouvelles tentes, un choix que les signataires qualifient d’« aménagement hostile » plutôt que de réponse à l’arrivée de nouvelles familles.

La rentrée scolaire des enfants à la rue, au cœur de l’interpellation
Début septembre, alors que la rentrée politique s’ouvrait à l’Eurométropole, des dizaines d’enfants strasbourgeois effectuaient eux aussi leur rentrée scolaire — tout en continuant de vivre à la rue. Cette « double vie d’enfant-écolier/enfant à la rue » est présentée par les associations comme le cœur de leur mobilisation, avec un message sans ambiguïté adressé à la maire avant un possible nouveau démantèlement du campement de Krimmeri : « aucun enfant ne doit dormir dehors ».
Le courrier se conclut par un rappel des obligations légales de la commune en la matière et l’annonce d’une mobilisation maintenue tout au long du mandat de Catherine Trautmann.
