Ce lundi 25 mai, l’Alsace a vécu une journée hors norme. La station de Guebwiller a enregistré 34,2°C, effaçant d’un coup l’ancien record mensuel de 33,2°C qui tenait depuis le 29 mai 1999. Vingt-six ans de résistance balayés en une après-midi.
À Villé, le thermomètre a grimpé jusqu’à 34,1°C (ancien record : 33,7°C le 20 mai 2022), tandis que Colmar-Meyenheim atteignait 33,4°C et Strasbourg-Entzheim 32,2°C. Des valeurs de 11 à 13 degrés au-dessus des normales de saison. Pas une anomalie. Un écart vertigineux.
334 records mensuels tombés d’un coup : la France entre dans l’histoire climatique
Ce qui se passe à l’échelle nationale dépasse le cadre régional. Ce lundi, 334 records mensuels de chaleur ont été battus simultanément en France métropolitaine. Jamais, dans toute l’histoire de la climatologie française, un tel effondrement collectif de records n’avait été observé en une seule journée.
Depuis le 22 mai, ce sont 507 records de chaleur qui ont été relevés sur le territoire — soit trois fois plus qu’en août 2003, et une fois et demie plus que l’ensemble des records tombés sur toute l’année 2019. Le précédent record absolu du nombre de records mensuels en un seul mois remontait justement à août 2003, avec 165 records. Il vient d’être pulvérisé.
À Poitiers, c’est un record centenaire qui a cédé : 34,3°C, contre 33,6°C le 24 mai 1922. Saumur, Caen, Alençon, Angers (un record de 1947 battu), ou encore Brest — pourtant en pointe bretonne — ont toutes vécu le même scénario. La station brestoise, ouverte en 1945, est passée de 29,5°C à 33°C en une journée.
Au Royaume-Uni, le record national pour un mois de mai a été pulvérisé de plus de 4 degrés à la station de Kew Gardens, ouverte depuis le début du XXe siècle — et le record de juin battu en prime, de 0,2°C.

Et ce n’est pas fini : Strasbourg surveille de près les jours à venir
Pour notre région, les prochains jours restent sous tension. Ce mardi, certaines modélisations n’excluent pas 34 à 35°C en plaine alsacienne, ce qui allongerait encore une liste de records déjà historique. Mercredi, le mercure devrait se maintenir autour de 33°C dans l’après-midi, avant une légère accalmie jeudi avec 30 à 31°C, grâce à une petite bise de nord.
Vendredi pourrait à nouveau frapper fort, avec des prévisions allant jusqu’à 35°C en plaine et des orages de chaleur possibles en soirée par développement orographique. Pour le week-end, l’incertitude demeure : l’anticyclone pourrait laisser entrer de l’humidité atlantique par le nord, mais rien n’est encore stabilisé.
Un « OVNI climatique » : beau temps, oui — normal, non
Les spécialistes peinent eux-mêmes à nommer ce qu’ils observent. Le terme « OVNI climatique », repris par plusieurs pages météo spécialisées, résume l’impasse conceptuelle : ce qui se déroule depuis plusieurs jours n’était tout simplement pas concevable il y a quelques années encore.
Le beau temps a ses adeptes, et c’est compréhensible. Mais à cette intensité, sur cette durée, avec ce niveau d’anomalie par rapport aux normales de saison, l’épisode laissera des traces — agricoles, écologiques, et à terme, sur les conditions de vie en Alsace comme ailleurs.
