Ce 4 mars 2026, le tribunal correctionnel de Strasbourg a rendu son verdict : Rima Hassan, eurodéputée La France Insoumise, est relaxée du chef d’injure publique. Dans son raisonnement, le tribunal avait pourtant reconnu que qualifier Anne-Pernelle Richardot d’« islamophobe assumée » sur X constituait bien une injure publique — mais a finalement prononcé la relaxe, sans que les motivations complètes du jugement n’aient encore été rendues publiques.
Anne-Pernelle Richardot, conseillère municipale socialiste de Strasbourg et colistière de Catherine Trautmann pour les prochaines élections municipales, avait porté plainte après cet échange tendu sur X en novembre 2024.
Retour sur l’origine de l’affaire : une conférence interdite à l’Université de Strasbourg
Tout commence le 20 novembre 2024, lorsque le président de l’Université de Strasbourg interdit une conférence sur la Palestine à laquelle devait participer Rima Hassan. Strasinfo avait couvert cette décision dans un premier article, puis l’ensemble de la polarisation qu’elle avait générée dans la ville.
Six jours plus tard, le 26 novembre 2024, Rima Hassan obtient gain de cause devant le tribunal administratif de Strasbourg, qui suspend l’interdiction. Dans la foulée, elle découvre qu’Anne-Pernelle Richardot s’est félicitée de l’interdiction initiale, assimilant la conférence à du « soutien aux groupuscules islamistes ».
La réaction de l’eurodéputée est immédiate et publique : sur X, elle tague la conseillère municipale, la qualifie d’« islamophobe assumée du PS (Aka la gauche coloniale) » et conclut par un avertissement : « personne n’oubliera ».
Strasbourg, terrain d’un débat qui dépasse les deux protagonistes
Comme nous l’avions documenté à l’époque, cet échange avait déclenché une vague de soutiens à Anne-Pernelle Richardot à Strasbourg. Des figures politiques aussi diverses que Catherine Trautmann, Thierry Sother, Édouard Bailhache ou Elsa Schalck avaient pris sa défense. Du côté de Rima Hassan, les soutiens locaux étaient restés remarquablement discrets, jusqu’au silence.
Si les soutiens locaux de Rima Hassan s’étaient montrés particulièrement discrets lors de l’affaire en novembre 2024, la relaxe a cette fois suscité une réaction immédiate du côté de La France Insoumise à Strasbourg. Florian Kobryn, candidat LFI aux prochaines élections municipales, a publié sur X :
Justice a été rendue : Rima Hassan est relaxée. Elle a donc eu raison de dire que Pernelle Richardot, pourfendeuse des personnes voilées, est une islamophobe assumée. Mme Trautmann, tête de liste PS et grande muette au sujet de sa 5e de liste, assume-t-elle aussi ?
Une sortie qui cible directement Catherine Trautmann, tête de liste PS pour les municipales, et interpelle publiquement son positionnement sur sa colistière Anne-Pernelle Richardot — 5e sur la liste. Le contexte électoral strasbourgeois s’invite ainsi dans le sillage du jugement, transformant une décision de justice en munition politique.

Ce que ce jugement dit (et ne dit pas) sur la liberté d’expression
La décision du tribunal correctionnel de Strasbourg est d’autant plus notable qu’elle opère une distinction subtile : reconnaître l’injure sans la sanctionner. Une position qui risque d’alimenter encore les tensions entre les deux camps, dans une ville où le débat autour du conflit israélo-palestinien reste particulièrement sensible.
Pour Anne-Pernelle Richardot, la relaxe constitue une déception judiciaire. Pour Rima Hassan, c’est une seconde victoire devant les juridictions strasbourgeoises après celle obtenue en novembre 2024 au tribunal administratif.
