Un programme complet pour l’enfance, conçu par Soraya Ouldji, ancienne adjointe à Strasbourg, repris ailleurs en France— mais pas ici. Pourtant, l’enjeu n’a jamais été aussi urgent.

À quelques semaines des élections municipales, l’enfance reste un enjeu peu mis en avant. Pourtant, chaque décision — urbanisme, accès aux loisirs, sécurité des espaces publics, restauration scolaire — a un impact direct sur le développement et le bien-être des enfants.

Pourquoi l’échelon local est-il crucial ? Parce que c’est là, dans les rues, les cantines, les cours de récréation et les centres de loisirs, que les droits de l’enfant s’appliquent — ou non — concrètement.

Penser la ville à hauteur d’enfant, c’est choisir des politiques publiques plus justes, plus inclusives et plus durables, au bénéfice de tous.

Un programme municipal centré sur l’enfance

Face à ces constats, le programme conçu par Soraya Ouldji, ancienne adjointe, proposait des mesures concrètes et structurantes pour les enfants et les familles.

Il se compose de quatre axes phares :

Plan perisco’

Les violences envers les enfants en milieu périscolaire constituent un enjeu majeur, longtemps sous-estimé. Derrière ces violences, il y a aussi une réalité structurelle : les encadrant-es sont souvent en contrat précaire ce qui génère un turn-over élevé, un manque de repères pour les enfants, des lacunes dans la transmission des bonnes pratiques — et in fine, davantage de tensions et de mouvements sociaux qui interrompent la continuité de service. À Strasbourg, lors du dernier conseil municipal, Soraya Ouldji a présenté une résolution pour lutter contre les violences faites aux enfants dans les services de la ville. Cette résolution a été adoptée mais ne suffit pas.

Sa proposition : Créer une société d’économie mixte (SEM) municipale dédiée à l’enfance. L’objectif : embaucher directement les encadrant-es en CDI, permettre une vérification accrue de leurs antécédents judiciaires, mutualiser pour répondre a tous besoins municipaux tournés vers l’enfance ( animation, sport, culture, etc..) , et leur offrir un vrai parcours de formation — à l’accueil des enfants, à la prévention des violences physiques et sexuelles faites aux enfants. Cette déprécarisation permettrait aussi de garantir une continuité de service.

Révolution Cantines !

Beaucoup de parents croient que leurs enfants mangent des repas frais à la cantine. En réalité, les repas sont préparés jusqu’à 5 jours à l’avance dans des « cuisine centrale » — une formule trompeuse qui désigne un îlot de production industrielle — puis livrés dans les écoles et réchauffés le jour J.

L’affichage « bio » ne change rien à l’affaire : conçu en cuisine centrale, il reste industriel.

Avec cette confection industrielle des repas, aux perturbateurs endocriniens, futur scandale de santé publique, s’ajoute les additifs et autres conservateurs.

Le livre  » Les Cuisines de la Nation  » écrit par des chercheurs de la faculté de médecine de Montpellier, dénonce le modèle industriel des cantines et pointe la responsabilité des choix politiques locaux. Dans cet ouvrage, Soraya Ouldji est citée, et les auteurs regrettent l’abandon du projet qu’elle portait à Strasbourg.

Mais elle avait réussi à faire passer les crèches en cuisines sur place, une vraie victoire. Aujourd’hui, les nouvelles écoles dotées ou en instance d’être dotées d’une cuisine sur place à Strasbourg sont des projets initiés par Soraya Ouldji durant son mandat d’adjointe. Depuis, non seulement aucune nouvelle école avec une cantine cuisinant sur place n’a été ni votée ni programmée : les projets de cantines sur place se sont arrêtés le jour de son départ

Sa proposition : Mettre fin au modèle des cuisines centrales. Il faut des cuisines sur place, permettant de préparer les repas le jour même, avec des produits identifiés et une vraie fraîcheur. L’objectif est de servir aux enfants des repas plus sains, plus goûteux et plus nourrissants — et non du bio industriel. Cela suppose une municipalisation de la cantine, en sortant des logiques de sous-traitance aux multinationales de l’agroalimentaire.

La santé mentale des enfants : une urgence absolue

En France, on estime que 1,6 million d’enfants et d’adolescents souffrent de troubles psychiques, mais près d’un enfant sur deux ne bénéficie pas de soins. À Strasbourg, les familles témoignent de délais de six mois à un an pour obtenir un rendez-vous avec un pédopsy. Dans ce laps de temps, un enfant en souffrance ne reçoit aucune aide structurée.

Sa proposition : Créer des maisons de santé mentale dédiées aux enfants, offrant un accès rapide aux soins pédopsy de proximité, avec des équipes pluridisciplinaires formées et une prise en charge coordonnée dès les premiers signaux.

Un plan d’actions complet pour les familles monoparentales

Près d’une famille sur cinq est monoparentale. Un seul adulte, un seul revenu pour tout gérer. Ces familles cumulent souvent précarité économique, isolement et épuisement. Or la municipalité dispose, sur l’ensemble de ses compétences, de leviers concrets pour alléger ce quotidien — à condition de le décider. Ce plan avait été porté et travaillé par Soraya Ouldji durant son mandat, présenté à Matignon, mais la Maire Mme Barseghian, avait, sans s’expliquer, décidé de l’annuler juste avant son lancement.

Soraya Ouldji avait réussi cependant à prioriser l’accès a ces familles en crèche, une mesure saluée au national et qui a rejoint les recommandations du service public de la petite enfance.

Sa proposition : Un plan complet, mobilisant toutes les compétences municipales

• Soutien avec priorité d’accès aux services municipaux et sur le logement social
• Tarif et accès dédiés pour les services de la ville : cantine, perisco, sports,etc…
• Accès au droit : soutien et accompagnement juridique, connaissances des services
• Lutte contre les discriminations touchant les familles monoparentales
• Temps de répit : solutions concrètes pour permettre aux parents isolés de souffler

Un programme repris ailleurs — mais pas ici

Ces quatre axes forment le cœur du programme élaboré par Soraya Ouldji.

Si elle n’en était pas colistière, la liste Strasbourg c’est nous avait intégré ce programme dans ses propositions, le jugeant pertinent. Plusieurs autres villes françaises en ont repris certains axes. Mais la liste n’ayant pas été déposée à Strasbourg, ces idées restent sans portage local officiel.

Des mesures complémentaires venaient compléter l’ensemble : jardins d’enfants expérimentaux dans les quartiers prioritaires, participation des enfants aux décisions publiques, inclusion des enfants porteurs de handicap, attribution de vélos aux élèves pour favoriser leur autonomie, mutuelle communal, accompagnement renforcé des ex-enfants placés à leur sortie du dispositif, etc….

Ce programme mobilise l’ensemble des compétences municipales — services publics, urbanisme, alimentation, santé, logement, accès au droit — pour placer concrètement l’enfance, enfin, au cœur de l’action locale.

Sa disparition du débat municipal strasbourgeois est un recul pour les enfants et les familles.