La manifestation contre l’accord UE-Mercosur des 20 et 21 janvier a laissé des traces à Strasbourg. Huit arbres tronçonnés, des espaces verts saccagés : la municipalité annonce le dépôt d’une plainte pénale et chiffre le préjudice entre 75 000 et 80 000 euros.
Un rassemblement européen qui vire au vandalisme
Plus de 5 000 agriculteurs venus de France et des pays voisins se sont mobilisés autour du Parlement européen dans le quartier du Wacken mardi 20 et mercredi 21 janvier 2026. Leur cible : le traité de libre-échange UE-Mercosur, perçu comme une menace pour l’agriculture locale. La FDSEA 67 et les Jeunes Agriculteurs 67, organisateurs de l’événement, avaient pourtant appelé au respect des biens et des personnes.
Mais sur l’allée René-Cassin, à quelques mètres du Parlement européen, huit arbres ont été abattus à la tronçonneuse. Les espaces verts bordant les voies du tramway ont également été fortement endommagés selon les termes de la Ville : massifs piétinés, pelouses détruites, aménagements paysagers ravagés.

Une plainte pour dégradations et un barème dissuasif
Face à ces destructions, la municipalité a déposé une plainte pénale pour dégradations volontaires de biens publics. L’objectif : ouvrir une enquête, identifier les responsables via images de vidéosurveillance et témoignages, et obtenir réparation.
Pour évaluer le préjudice, Strasbourg s’appuie sur un barème de valorisation de l’arbre adopté en 2024 par le conseil municipal. Cet outil, conçu pour dissuader les atteintes au patrimoine arboré urbain, permet de chiffrer précisément la valeur des huit arbres abattus et le coût de remise en état des espaces verts. Le montant global s’établit entre 75 000 et 80 000 euros.
La Ville insiste dans sa communication officielle sur son refus de tels agissements, rappelant l’importance de protéger les biens publics et le patrimoine naturel des habitants.
Jeanne Barseghian entre soutien et fermeté
La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, s’était rendue sur place pendant la mobilisation pour témoigner son soutien aux agriculteurs. Elle a rappelé l’importance de politiques publiques fortes en faveur de la production locale, nourricière et de qualité. Mais soutenir les revendications n’empêche pas la condamnation des dégradations.
Cette ligne de crête – solidarité avec les agriculteurs d’un côté, défense du patrimoine collectif de l’autre – illustre l’équilibre délicat que doit tenir la municipalité face à une colère sociale légitime qui déborde parfois sur le terrain du vandalisme.

Regrets du côté des organisations agricoles
Gérard Lorber, président de la FDSEA 67, a exprimé ses regrets concernant ces actes. Ce n’était pas ce qui avait été ordonné, a-t-il déclaré, précisant que ce type de comportement ne correspond ni à la culture alsacienne ni à celle de la FNSEA. Les organisateurs rappellent avoir multiplié les appels au respect, laissant entendre que les dégradations ont pu être le fait de manifestants isolés agissant en marge du rassemblement.
À ce stade, aucun nom n’a filtré. La plainte ouvre désormais la voie aux investigations nécessaires pour identifier les auteurs des tronçonnages et des destructions d’espaces verts.
Quel impact pour Strasbourg ?
Au-delà du coût financier, ces dégradations posent la question de l’équilibre entre droit de manifester et respect du bien commun. Le quartier du Wacken, habitué aux rassemblements européens, voit régulièrement défiler cortèges et protestations. Mais l’abattage d’arbres et la destruction d’aménagements paysagers franchissent une ligne rouge dans une ville qui mise sur son patrimoine vert et sa transition écologique.
Les travaux de réfection devraient débuter prochainement pour restaurer l’allée René-Cassin et les abords du tramway. En attendant, la justice devra trancher et déterminer les responsabilités individuelles ou collectives dans ce saccage.
