Ce vendredi 9 octobre 2026, les salariés de neuf quotidiens régionaux du groupe Ebra font grève, dont les Dernières Nouvelles d’Alsace et L’Alsace, deux titres que lisent chaque jour les habitants de Strasbourg et du Bas-Rhin. L’appel vient du Syndicat national des journalistes (SNJ), rejoint par d’autres organisations syndicales représentatives du groupe.
Grève Ebra le 9 octobre : quels journaux sont touchés ?
Neuf titres de la presse quotidienne régionale sont concernés :
- Le Républicain Lorrain
- L’Est Républicain
- Vosges Matin
- L’Alsace
- Les Dernières Nouvelles d’Alsace
- Le Bien public
- Le Journal de Saône-et-Loire
- Le Progrès
- Le Dauphiné Libéré
Le groupe Ebra emploie 3 200 salariés. C’est le premier groupe de PQR en France, et il appartient au Crédit Mutuel. Les syndicats annoncent plusieurs actions dans les titres et dans les territoires pour faire entendre la voix des salariés.
Plan social chez Ebra : 400 postes supprimés
Les syndicats contestent le plan social en cours, qui prévoit 400 suppressions de postes. Il passe par un plan de départs volontaires « qui n’en a que le nom », selon eux. Plusieurs services sont touchés, et les rédactions le sont particulièrement, surtout les services de relecture et de mise en page, c’est-à-dire les secrétaires de rédaction.
Les Dernières Nouvelles d’Alsace : 57 postes supprimés dont 22 journalistes
Pour les lecteurs alsaciens, le détail des DNA est le plus parlant : 57 postes supprimés, dont 22 journalistes. Le document syndical mentionne aussi 8 créations de poste et la fermeture d’une ligne de rotatives. Marie-Sophie Kormann est la représentante SNJ dans le titre.
D’autres journaux du groupe sont touchés dans des proportions comparables :
- L’Est Républicain / Vosges Matin : 65 postes supprimés, dont 34 à la rédaction (17 secrétaires de rédaction).
- Le Républicain Lorrain : 35 postes supprimés, dont 19 journalistes.
- Le Progrès : 60 postes supprimés, dont 49 à la rédaction, et 23 postes créés.
- Le Dauphiné Libéré et Vaucluse Matin : 57 postes supprimés, dont 28 journalistes, et l’arrêt d’une ligne de rotatives.
- Est Bourgogne Médias (Le Journal de Saône-et-Loire et Le Bien public) : 19 postes supprimés, dont 17 à la rédaction, et 9 postes créés.
- Ebra services : 95 postes supprimés.

Intelligence artificielle dans les rédactions : le cœur du conflit
Selon les syndicats, ces suppressions sont grandement imputables au déploiement d’outils d’intelligence artificielle. Ils dénoncent un déploiement « à marche forcée », sans concertation avec les salariés. Pour eux, vouloir faire mieux avec moins n’est « ni tenable, ni réaliste », et l’IA affecte la nature même du métier de journaliste et sa pratique quotidienne.
Les organisations syndicales demandent :
- l’abandon pur et simple du projet de mise en page automatique des pages ;
- que le recours aux outils d’IA soit reconsidéré, au risque sinon d’ouvrir la porte à des contenus synthétiques préjudiciables à la déontologie journalistique et aux attentes des lecteurs.
Crédit Mutuel : 4,7 milliards d’euros de bénéfices en 2025
Les syndicats rappellent que le Crédit Mutuel a réalisé 4,7 milliards d’euros de bénéfices en 2025. Selon eux, un groupe qui aime vanter son engagement sociétal doit investir pour soutenir une information de qualité, essentielle à la vie démocratique.
La mobilisation dépasse le cadre du groupe. Le mouvement est relayé par la Fédération internationale des journalistes (FIJ), la Fédération européenne des journalistes (FEJ) et l’Union syndicale Solidaires.
Pour les lecteurs, la grève peut se voir dans les kiosques et sur les sites des titres concernés. Le conflit pose aussi une question de fond : qui relit, vérifie et met en page l’information locale que l’on lit chaque matin, des quartiers de Strasbourg jusqu’aux communes du Bas-Rhin ?
