Depuis le mardi 29 septembre 2026, la mobilisation lycéenne qui a démarré en Île-de-France gagne Strasbourg et le Bas-Rhin. En trois jours, le mouvement est passé de simples tentatives de blocage à des incidents bien plus sérieux : lycées paralysés, gaz lacrymogènes, interpellations, élèves confinés, tramway à l’arrêt. Le jeudi 1er octobre, l’université de Strasbourg a elle aussi été touchée. Voici le point complet sur ce qui s’est passé dans la capitale alsacienne.

Blocages lycéens à Strasbourg : comment le mouvement a gagné l’Alsace

Le mouvement national de blocages de lycées a commencé le lundi 28 septembre 2026 en Île-de-France, avant de s’étendre à l’Alsace dès le lendemain. À Strasbourg, la mobilisation a pris de l’ampleur jour après jour : premiers blocages le mardi 29, durcissement et premiers gros incidents le mercredi 30, puis extension à l’université et nouvelles interpellations le jeudi 1er octobre. En l’espace de soixante-douze heures, la situation a changé de nature dans plusieurs établissements de l’agglomération.

Mardi 29 septembre : des débuts relativement calmes au centre-ville

La première journée est restée plutôt mesurée par rapport à d’autres villes. Au lycée Fustel-de-Coulanges, situé en centre-ville près de la cathédrale, une tentative de blocage à l’entrée a conduit les forces de l’ordre à intervenir pour permettre aux élèves qui le souhaitaient de rentrer en cours. Un jeune au visage dissimulé a été interpellé, puis relâché. Au lycée des Pontonniers, un blocage filtrant a été tenté avant que les élèves ne rallient Fustel-de-Coulanges et la place du Château. Les interventions policières se sont déroulées dans un calme relatif. Dans l’agglomération, quelques interpellations ont été signalées, dont deux à Illkirch-Graffenstaden, tandis que plusieurs autres ont eu lieu du côté de Mulhouse.

Mercredi 30 septembre : le lycée Kléber au cœur des affrontements

Le mercredi marque le premier vrai tournant. Le lycée Kléber, en plein cœur de Strasbourg, s’est retrouvé bloqué dans un climat très tendu. Des affrontements ont éclaté, avec des jets de projectiles, notamment des cailloux et des feux d’artifice, des poubelles incendiées et des tirs de gaz lacrymogène de la part des policiers. D’autres établissements ont été partiellement bloqués ou perturbés, parmi lesquels Jean Geiler, René Cassin et Sainte-Clotilde. Le bilan policier pour Strasbourg fait état de 16 à 17 interpellations et d’un policier blessé, face à plusieurs centaines de manifestants. Le soir, un petit rassemblement de soutien s’est tenu devant l’hôtel de police pour réclamer la libération des lycéens interpellés.

Jeudi 1er octobre : escalade à Couffignal, Pasteur et Kléber

La journée du jeudi a été la plus agitée. De nombreux lycées strasbourgeois ont été bloqués ou fortement perturbés : Kléber, Couffignal, Pasteur, Marie Curie, Marcel Rudloff, Jean Rostand, Jean-Frédéric-Oberlin, Pontonniers et d’autres encore. Au lycée Couffignal, la situation a été décrite comme ingérable par un policier. Un lycéen a témoigné qu’un mortier aurait été tiré en direction d’un policier, des fumigènes ont été employés pour disperser les groupes, et un arrêt de tram a pris feu à proximité.

Au lycée Pasteur, deux interpellations ont eu lieu. Des extincteurs et des mortiers ont été utilisés par certains élèves, une porte de secours située à l’arrière de l’établissement a été incendiée, et des lycéens sont montés sur le toit pour tenter d’accéder au gymnase. La proviseure a demandé aux enseignants de rentrer chez eux et les cours ont été annulés. Au lycée Kléber, une nouvelle alerte intrusion a été déclenchée en matinée : les élèves ont été regroupés puis confinés dans les salles de classe jusqu’à 17 heures, sous forte présence policière et au milieu des gaz lacrymogènes. En milieu de journée, une vingtaine d’interpellations avaient été recensées à Strasbourg, dans un contexte de plusieurs centaines de manifestants, jusqu’à 800 selon certains rassemblements.

Université de Strasbourg et tramway CTS : le mouvement dépasse les lycées

Le jeudi, la mobilisation a franchi les murs des lycées. Le bâtiment Le Patio de l’Université de Strasbourg a été bloqué par des étudiants qui ont rejoint le mouvement. Côté transports, la CTS a interrompu la circulation des trams et de certaines lignes de bus afin de limiter les mouvements des manifestants. Ces perturbations ont touché les déplacements de nombreux Strasbourgeois, et les parents, inquiets, se sont massés devant plusieurs établissements, notamment Kléber. Certains ont dénoncé des gazages et des matraquages lors des interventions.

Quels débordements ont été observés à Strasbourg ?

Les sources concordent sur plusieurs types d’incidents, surtout à partir du mercredi 30 et du jeudi 1er octobre. Il y a d’abord eu des jets de projectiles sur les forces de l’ordre : cailloux, feux d’artifice, mortiers, parfois lancés depuis des groupes masqués. Il y a ensuite eu des incendies et des dégradations, avec des poubelles brûlées, des arrêts de tram détruits par le feu, des portes de secours aspergées d’essence puis enflammées et du mobilier urbain abîmé. Du côté des forces de l’ordre, les gaz lacrymogènes ont été employés à plusieurs reprises, accompagnés de fumigènes, de charges pour déloger les bloqueurs et d’interpellations parfois musclées devant les établissements. Certains articles soulignent toutefois que les actes les plus violents sont le fait d’une minorité, une grande partie des lycéens restant dans une logique de manifestation et de revendication pacifique.

Pourquoi les lycéens strasbourgeois se mobilisent-ils ?

Les motifs avancés sont à la fois locaux et nationaux. Les lycéens dénoncent un manque de moyens dans l’Éducation nationale et dans les établissements, des classes surchargées, des sureffectifs et des locaux vétustes, avec des fenêtres qui tombent, une isolation déficiente et des problèmes de surchauffe. Ils pointent aussi des emplois du temps à rallonge, des journées trop chargées, un temps de pause méridienne insuffisant et des files d’attente trop longues à la cantine. S’y ajoutent des difficultés de transports scolaires et d’amplitudes horaires pour les élèves qui habitent loin, ainsi que le stress lié à Parcoursup. Certains rejoignent également la mobilisation de la fonction publique et dénoncent les coupes budgétaires dans les services publics. Enfin, des slogans et des pancartes portent des messages politiques plus larges : anti-RN, antifascisme ou encore demande de démission du président de la République.

Et maintenant ? Ce qu’il faut retenir pour les Strasbourgeois

La mobilisation lycéenne à Strasbourg se joue sur deux tableaux. D’un côté, des revendications très concrètes sur les conditions d’études au quotidien. De l’autre, des débordements qui, même s’ils sont attribués à une minorité, ont perturbé les cours, effrayé des parents, paralysé le tramway et mis à l’épreuve les forces de l’ordre. Les établissements les plus exposés restent Kléber, Couffignal et Pasteur, mais la contagion vers l’université montre que le mouvement n’est pas près de s’éteindre. Reste à savoir si les dialogues politiques et institutionnels parviendront à apaiser la situation avant que les tensions ne s’installent durablement dans les rues de Strasbourg.