Le 10 avril 2026, lors du premier conseil de l’Eurométropole de Strasbourg, Jeanne Barseghian a pris la parole avec véhémence. Depuis son banc d’opposante, l’ancienne maire a accusé Catherine Trautmann de « trahison du socialisme » et de « trahison des Strasbourgeois qui ont cru de bonne foi » qu’elle défendait encore les valeurs du PS.
En cause : l’alliance nouée par la nouvelle présidente avec deux élus Les Républicains, Thibaud Philipps, maire d’Illkirch-Graffenstaden, et Catherine Graef-Eckert, maire de Lingolsheim, tous deux propulsés vice-présidents de la collectivité. Dans l’hémicycle, certains élus se sont agacés. « Ça suffit« , a lancé l’un d’eux.
Barseghian a poursuivi, dénonçant une majorité menée « avec une droite dure. »
Trautmann a répondu dans la foulée, cinglant Jeanne Barseghian, lui rappelant ainsi son propre parcours : « Ce n’est pas moi qui ai commencé à faire une alliance avec la droite. Madame Imbs était proche de Monsieur Wauquiez, que je sache. Ça ne vous a pas posé de problèmes.« 

Le précédent Pia Imbs

Le rappel de Trautmann renvoie à un épisode de 2020 que les écologistes n’ont guère intérêt à trop évoquer.
Pour gouverner l’Eurométropole, cette même institution où Barseghian donnait des leçons de pureté politique a Mme Trauttman, l’ancienne maire EELV avait alors soutenu la candidature de Pia Imbs, maire sans étiquette de Holtzheim, à sa présidence. Or le groupe de Pia Imbs s’était constitué autour de maires aux sensibilités très diverses, dont des élus divers droite à Lampertheim et à La Wantzenau. C’est sur cette base que les écologistes avaient construit leur majorité à l’assemblée des 33 communes. À l’époque, la question de la « pureté » des alliances ne s’était pas posée dans le camp vert.

Laurent Wauquiez, auquel Trautmann fait référence, est le président LR d’Auvergne-Rhône-Alpes. Figure de la droite dure, il défend des positions très fermes sur l’immigration et la sécurité, et affiche un scepticisme marqué sur les politiques environnementales — ce qui rend la proximité supposée de Pia Imbs avec lui d’autant plus notable, rétrospectivement

Un recrutement qui avait fait malaise

Un autre épisode, moins commenté, illustre les contradictions de la période Barseghian. Durant leur mandat, la majorité écologiste a recruté une nouvelle directrice générale des services de la Ville et de l’Eurométropole. Le poste de DGS n’est pas un poste technocratique neutre : travaillant quotidiennement au côté de l’exécutif, cette personne traduit ses orientations en actes et maîtrise l’ensemble des dossiers stratégiques de la collectivité. C’est, par définition, un choix de confiance politique.
Ce recrutement avait, dès l’origine, suscité des interrogations, considérant a l’époque ( à juste titre ou non) Mme Joly comme une personnalité plus marquée à droite qu’au centre.
C’est lorsque cette directrice a quitté ses fonctions strasbourgeoises pour rejoindre les services de Laurent Wauquiez, que ce départ à confirmé, aux yeux de certains, ces doutes.

« Vous vouliez le chaos ? »

Face aux attaques de vendredi, Trautmann a justifié son choix avec une formule lapidaire : « Je me suis trouvée dans une situation où aucun groupe ne pouvait avoir la majorité. Vous vouliez le chaos ? » C’est la réalité arithmétique de toute gouvernance métropolitaine à 33 communes aux sensibilités disparates. Barseghian l’a vécu, l’a pratiqué, et s’en est bien accommodée — en silence. La différence entre les deux femmes n’est peut-être pas tant dans leurs alliances que dans leur rapport à la transparence : l’une les assume et en paie le prix, l’autre les contracte et s’en indigne chez les autres