À Strasbourg, la prise de fonction de Marie-Noëlle Gandzion comme adjointe aux droits des femmes intervient dans un contexte particulièrement lourd au lendemain de l’affaire Polesi.
La nouvelle municipalité est attendue sur un point essentiel : la reconstruction de la confiance. Celle des victimes envers les institutions, celle des agents municipaux envers leur hiérarchie politique, et celle des lanceuses et lanceurs d’alerte envers un exécutif censé les protéger plutôt que les réduire au silence.
C’est dans ce contexte que Soraya Ouldji prend publiquement la parole. Ancienne adjointe de la municipalité EELV de Jeanne Barseghian, elle avait quitté l’équipe de la maire pour rejoindre l’opposition, convaincue du manque d’intégrité de cette équipe. Citée comme lanceuse d’alerte dans une récente vidéo de Mediapart et Rue89 Strasbourg, elle choisit d’interpeller directement Marie-Noëlle Gandzion.
Son message est sans ambiguïté : cette affaire ne doit pas être oubliée, ce scandale exige des actes.
Deux volets, un seul scandale
L’affaire Polesi, c’est d’abord des violences sexistes et sexuelles commises par un homme alors adjoint à l’ancienne maire et alliée de celle-ci, sur des dizaines de victimes — agentes municipales, élues, étudiantes — au sein de l’Eurométropole et de l’Université de Strasbourg.
Mais c’est aussi, et ce volet est trop souvent négligé, la manière dont l’impunité a été délibérément organisée pour étouffer celles qui osaient alerter.
Dès 2023, Soraya Ouldji réclame l’ouverture d’une enquête. Comme l’a documenté le collectif Piquet féministe, plusieurs élues et élus ayant formulé cette demande ont il alors été menacés et intimidés.
Soraya Ouldji elle-même se voit empêchée de siéger au conseil municipal et ses accès à son compte d’élue sont supprimés sur demande directe du cabinet, en toute illégalité.
À cette fin, des agents municipaux auraient été utilisés comme exécutants.
Entraver l’exercice d’un mandat électif de surcroît, d’une femme, dans un contexte de violences sexistes, et utiliser des agents publics à des fins de représailles constituent des actes illégaux qui révèlent un rapport au pouvoir profondément antidémocratique.
Dans ce tableau, le silence des associations féministes institutionnelles strasbourgeoises est particulièrement frappant. Ce silence fait partie de ce qu’il faudra reconstruire, selon Ouldji : un tissu associatif capable de se mobiliser à nouveau pour la lutte contre les VSS.

Le récit officiel contesté
L’ancienne maire aurait construit un récit alternatif pour sa défense en occultant la vraie chronologie des faits.
Pour rappel, en 2024, l’ancienne maire Jeanne Barseghian, pourtant informée des accusations portées contre son adjoint, lui renouvelait publiquement sa confiance et lui confiait une nouvelle délégation dans le domaine de l’enfance.
En 2025, devant le conseil municipal, elle affirmait pourtant n’avoir jamais reçu la moindre alerte interne à son sujet — alors qu’elle en avait connaissance depuis deux ans.
Le récit institutionnel par la suite a également été fortement critiqué par le collectif Piquet féministe, seul à s’être mobilisé sur cette question. Ce récit avait été construit via le cabinet EGAE, missionné sur fonds publics. Celui-ci affichait pour objectif de recueillir des témoignages mais aurait refusé d’entendre ceux des élu-es les plus engagé-es sur la question des violences sexistes et sexuelles.
Une motion adoptée
C’est en 2025, que d’autres élues — Caroline Zorn, Carole Santamaria, Rebecca Breitman — ont rejoint Soraya Ouldji.
À la suite de l’action courageuse d’étudiantes qui avaient dénoncé Polesi pour des faits également de VSS survenus à l’université, celle-ci avait pris ses responsabilités sans délai et l’avait suspendu.
La mobilisation collective de ces élues de tous bords a permis l’adoption à l’unanimité, lors du dernier conseil municipal, d’une motion exigeant l’ouverture d’une enquête administrative sur la gestion de l’affaire par la municipalité sortante.

Un véritable défi pour la nouvelle municipalité
Restaurer la confiance des agents municipaux, garantir la protection des victimes, mettre en place un dispositif pérenne de recueil anonyme des alertes à l’interne de la ville, s’engager à ce que toute dénonciation de faits graves déclenche systématiquement une enquête indépendante et soutenir l’indépendance et la capacité d’alerte d’un tissu associatif féministe resté trop longtemps silencieux : voilà ce que propose Soraya Ouldji à Marie-Noëlle Gandzion — pour éviter une nouvelle affaire Polesi.
Un défi considérable, mais nécessaire.
Soraya Ouldji plaide par ailleurs pour que la protection des lanceuses et lanceurs d’alerte soit étendue à tous les sujets, au-delà des seules violences sexistes et sexuelles — comme condition fondamentale d’une démocratie locale véritablement fonctionnelle.

Un engagement qui appelle des actes
De son côté, la nouvelle maire, Mme Trautmann, ne semble ni découvrir ces enjeux ni être dépourvue de ressources pour y faire face : durant la campagne, elle avait elle-même dénoncé la brutalité du mandat précédent, et elle compte parmi ses adjointes, Chantal Cutajar, figure engagée sur les questions de transparence et de probité publique, des enjeux au cœur des problématiques de protection des lanceurs d’alerte.
Reste à savoir comment la nouvelle équipe municipale gérera la relance des accusations contre son premier adjoint
