À peine installée dans le fauteuil de maire, Catherine Trautmann a fait un choix fort pour son premier acte public : recevoir le maire d’une ville ukrainienne. Un signal diplomatique assumé — mais qui passe très mal auprès d’une partie des Strasbourgeois, qui attendaient autre chose de leur nouvelle élue.
Premier acte : l’Ukraine. Les Strasbourgeois : « Et nous ? »
Le jeudi 2 avril, cinq jours seulement après l’installation du nouveau Conseil Municipal, Catherine Trautmann recevait Ihor Terekhov, maire de Kharkiv, à l’Hôtel de Ville de Strasbourg. Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine, subit des bombardements russes depuis plus de quatre ans. La veille de cette rencontre, des frappes avaient encore touché un immeuble d’habitation, faisant plusieurs blessés.
Trautmann a présenté l’échange comme « très concret » : renforcer la coopération, être « utile, concrètement, aux habitants » de Kharkiv. Elle a conclu en affirmant que « soutenir Kharkiv aujourd’hui, ce n’est pas symbolique, c’est agir à notre niveau », assurant que « Strasbourg restera pleinement à leurs côtés ».
Beau discours. Mais pour beaucoup de Strasbourgeois, le timing interroge — voire choque.

Les Strasbourgeois attendaient autre chose
Sous les publications de la maire et de la Ville de Strasbourg sur Facebook, la gronde est immédiate et massive. Les administrés n’ont pas mâché leurs mots.
« Faut plutôt s’occuper de nous les Strasbourgeois ! Vous avez été élue pour Strasbourg, pas pour aider l’Ukraine », écrit un internaute. « Commencez à faire le nécessaire pour nous et à respecter vos engagements », poursuit-il.
Le constat est partagé bien au-delà d’un seul commentaire. « Votre priorité devrait rester Strasbourg et ses habitants », rappelle une habitante, qui pointe une qualité de vie « nettement dégradée, notamment à cause des bouchons devenus quotidiens » et appelle Trautmann à « venir constater sur le terrain la réalité vécue par les Strasbourgeois » avant de se projeter à l’international.
Bouchons, éclairage, sans-abri : pendant ce temps, Strasbourg attend
Les problèmes cités par les internautes sont concrets, répétitifs, et visiblement accumulés depuis des années. « Et remettre la lumière la nuit prend sans doute plus de temps… ? » ironise une commentatrice, en référence à l’extinction nocturne de l’éclairage public dans plusieurs quartiers strasbourgeois. Un autre va encore plus loin : « Et sinon le clodo à qui il manque une jambe de la place Kléber va bien ? Il a eu son vaccin anti-tétanos ? » — une provocation, certes, mais qui dit quelque chose de réel sur le sentiment d’abandon ressenti par une partie de la population.
L’héritage du mandat Barseghian pèse lourd dans les esprits. « Il faut déjà rattraper la merde que l’autre écolo à 2 balles a laissé pendant son mandat », lâche un internaute qui précise pourtant avoir voté Trautmann. « Pas d’accord… il y a franchement d’autres priorités à Strasbourg », abonde un autre, « bien à vous Mme Trautmann… je vous ai voté pour vos bons et loyaux services » — sous-entendu : ne décevez pas.

La lassitude ukrainienne s’exprime sans complexe
Au-delà des priorités locales, c’est aussi une lassitude profonde vis-à-vis du dossier ukrainien qui s’exprime, sans filtre. « Faut arrêter de mettre l’Ukraine à toutes les sauces !! C’est pas le seul pays en guerre », écrit une internaute visiblement excédée. « Qu’elle s’occupe de Strasbourg, y a assez à faire… l’Ukraine est assez aidée par Macron, et bien mieux que nos retraités ou les gens qui bossent », tranche une autre.
Certains commentaires versent dans la polémique politique plus large — évoquant le Liban, la Palestine — mais le fond du message reste le même partout : les Strasbourgeois ont voté pour quelqu’un qui s’occupe de Strasbourg.
Un premier acte qui envoie un signal — pas forcément le bon
La convention de partenariat avec Kharkiv a beau avoir été adoptée à l’unanimité par le Conseil Municipal, et les budgets de coopération internationale ne pas empiéter directement sur les politiques sociales locales, le symbole, lui, est implacable. Choisir Kharkiv comme première rencontre publique de maire, c’est un choix politique. Et les Strasbourgeois l’ont perçu comme tel.
Catherine Trautmann a été élue sur la promesse d’un retour au concret, d’une gestion rigoureuse après six ans de mandat écologiste contesté. Elle a désormais un message très clair de ses administrés : les trottoirs défoncés, les bouchons, l’éclairage éteint et les personnes à la rue place Kléber n’attendent pas. Kharkiv, peut-être. Mais Strasbourg d’abord.
