Lettre ouverte au nouveau conseil municipal de Strasbourg
Le 28 mars 2026, une nouvelle équipe municipale prendra officiellement ses fonctions à la mairie de Strasbourg. Ce même jour, des dizaines d’enfants dormiront dehors — dans des voitures, sous des tentes, regroupés dans des campements de fortune aux abords de la ville.
Ce n’est pas une métaphore. C’est la réalité que cinq collectifs de solidarité et la section strasbourgeoise du Syndicat des avocats de France ont choisi de porter directement aux élu·es entrants, dans une lettre ouverte publiée le jeudi 26 mars 2026.
Le Gymnase Ménora ferme, des familles se retrouvent sans toit le 1er avril
Au cœur de l’urgence : la fin programmée, au 1er avril 2026, d’une mise à l’abri de familles organisée par la Ville de Strasbourg à la suite de la fermeture du Gymnase Ménora. Des familles hébergées provisoirement depuis plusieurs mois se retrouveront donc à la rue dans quelques jours, si rien n’est décidé entre-temps.
Par ailleurs, un campement de familles est actuellement actif à Krimmeri. D’autres survivent grâce à des tiers solidaires, sans solution pérenne à l’horizon.
La préfecture du Bas-Rhin dans le viseur des signataires
Les signataires — les collectifs Enfants à la rue État hors-la-loi, Coup d’bol, Pas d’enfant à la rue collectif 67, Ô Cœur de la rue et Vital Humanity, ainsi que la section strasbourgeoise du Syndicat des avocats de France et Le Comité Droit au logement du Bas-Rhin — ne se contentent pas d’alerter. Ils mettent en cause directement la préfecture du Bas-Rhin, accusée de se mettre « hors-la-loi en refusant de garantir le droit à l’hébergement d’urgence », une obligation légale inscrite dans le code de l’action sociale et des familles.
Ils demandent à la nouvelle municipalité socialiste d’avoir le courage politique d’affronter ce bras de fer institutionnel, et de ne pas laisser à l’État seul la responsabilité de l’inaction.

Des solutions concrètes, immédiatement mobilisables
La lettre ne se limite pas aux injonctions morales. Elle liste des leviers d’action que la Ville peut activer sans délai :
- La prolongation au-delà du 1er avril de la mise à l’abri des familles concernées par la fermeture du Gymnase Ménora
- L’hébergement immédiat des familles du campement de Krimmeri
- La mise à disposition des logements de fonction vacants dans les écoles strasbourgeoises
- L’utilisation des bâtiments administratifs ou scolaires hors heures d’ouverture
- La réquisition d’une fraction des quelque 3 500 logements vides recensés sur la ville
À moyen terme, les signataires réclament la réalisation d’un inventaire du bâti vacant en lien avec l’Eurométropole et la Collectivité européenne d’Alsace, rendu public avant la fin du printemps.

Un appel politique autant qu’humanitaire
« À la fin du printemps, nous ne voulons plus aucun enfant à la rue. » C’est par cette phrase que se conclut la lettre — simple, directe, et difficilement contestable sur le plan des valeurs.
La nouvelle majorité municipale hérite d’un dossier qui ne souffre pas de délai. La légitimité du vote, soulignent les signataires, crée une obligation envers celles et ceux qui, souvent sans-papiers, sans domicile et sans droit de vote, ne peuvent pas se faire entendre dans les urnes.
