À Strasbourg, Catherine Trautmann a bâti toute sa campagne sur une idée centrale : l’arc républicain. Face aux extrêmes, face à LFI, face à ce qu’elle présente comme une dérive de la gauche radicale, elle se pose en rempart. C’est son argument principal, son étendard, sa raison d’être dans ce second tour. Alors regardons de près qui elle a placé en quatrième position sur sa liste — derrière elle, Thierry Sother et Laure Pain. Quelqu’un qui sera élu conseiller municipal si la liste l’emporte. Quelqu’un qui siégera à l’Hôtel de Ville de Strasbourg.

Ce quelqu’un, c’est Mourad Oualit.

Mourad Oualit à Strasbourg : le président de club devenu colistier éligible

Localement, Mourad Oualit est connu comme président du FC Olympique Strasbourg Koenigshoffen 1906 (FCOSK06). En 2024, il a porté avec d’autres présidents de clubs strasbourgeois un combat contre l’état des infrastructures sportives municipales. C’est son côté terrain, son ancrage associatif, l’image que la liste Trautmann a voulu vendre en le positionnant en rang éligible.

Ce que la liste Trautmann n’a pas vendu, en revanche, c’est le reste du dossier.

2011 : condamné — interdiction de gérer pendant huit ans

Le 29 mars 2011, un jugement a prononcé à l’encontre de Mourad Oualit, en sa qualité de gérant de la SARL 3M DISTRIBUTION, une interdiction de gérer prévue à l’article L. 653-8 du code de commerce, pour une durée de huit ans. Ce type de sanction intervient dans le cadre de procédures collectives lorsque des fautes de gestion sont caractérisées par le tribunal.

Mais il y a plus. Dans une vidéo partagée par Clovis Daguerre, colistier EELV, Mourad Oualit est explicitement mentionné comme ayant été condamné pour abus de biens sociaux. L’abus de biens sociaux est une infraction pénale — pas une simple sanction commerciale. Elle désigne le fait, pour un dirigeant, d’utiliser les biens ou le crédit de sa société dans un intérêt personnel contraire à celui de l’entreprise. C’est une condamnation qui, aurait dû susciter au minimum une vérification sérieuse avant de positionner cet homme en quatrième place d’une liste se réclamant de la probité républicaine.

La liste Trautmann n’a, à ce jour, fourni aucune explication publique sur ce point.

6 janvier 2016 : #JeNeSuisPasCharlie, le tweet de trop

C’est le point le plus grave. Le plus révélateur. Le plus incompatible avec le discours de l’arc républicain.

Le 6 janvier 2016. Un an jour pour jour après le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, après l’assassinat de policiers, après l’Hyper Cacher. La France entière commémore. Des millions de personnes se recueillent. Et ce jour-là précisément, Mourad Oualit publie sur Twitter : #JeNeSuisPasCharlie.

Pas en janvier 2015, dans le feu du débat initial sur la liberté de la presse et ses limites — un débat qui existait, avec ses nuances. Non : le 6 janvier 2016, à l’anniversaire des attentats. Quand il ne s’agit plus d’un débat sur le blasphème ou la satire, mais d’une commémoration des morts. Afficher ce hashtag ce jour-là, c’est un geste politique délibéré. Un geste fort. Un geste qui dit quelque chose de précis sur qui on est et ce qu’on pense.

Le tweet est resté en ligne pendant plusieurs années. Il n’a disparu que sous la pression — selon nos informations, des élus d’opposition qui fréquentaient le FCOSK06 ont été alertés par des lanceurs d’alerte, et c’est cette pression qui a conduit à sa suppression. Pas une prise de conscience spontanée. Pas des excuses publiques. Une suppression discrète, une fois que le problème devenait encombrant.

Et pendant ce temps, Catherine Trautmann présente cet homme comme l’un de ses quatre premiers colistiers dans une campagne construite sur le rejet des extrêmes. Il faut oser.

2015, 2020 : il critiquait le PS et Macron. 2026 : il est en liste avec les deux.

2015, 2020 : il critiquait le PS et Macron. 2026 : il est en liste avec les deux.
Le 24 décembre 2015, Mourad Oualit tweetait sans détour : « Ils avaient promis le droit de vote aux étrangers, ils optent pour la déchéance de la nationalité. Décidément avec le PS c’est « Pas Simple ». » Critique frontale du Parti socialiste, assumée publiquement.
Le 18 février 2020, rebelote — mais cette fois contre Macron. S’indignant de la taxe carbone sur l’achat d’un minibus pour son association, il ciblait nommément la politique présidentielle : « Ils sont devenus complètement fous. »
En 2026, il est numéro 4 sur une liste PS qui vient de fusionner avec les représentants du parti d’Emmanuel Macron. Il a critiqué le PS. Il a critiqué Macron. Il fait désormais liste commune avec les deux. Décidément, avec lui aussi, c’est  » Pas Simple « .

Mars 2026 : des joueurs mineurs convoqués à un meeting électoral

L’affaire la plus récente est celle que StrasInfo a révélée début mars. Via le groupe WhatsApp du FCOSK06 — canal réservé aux convocations de matchs et aux informations sportives — un entraîneur du club a transmis un message invitant membres et joueuses, dont des mineures, à se rendre au meeting de campagne de Catherine Trautmann au Palais des Fêtes. Présence qualifiée d’obligatoire. Tenue imposée : blazer noir, pas de crocs, pas de jogging. Consignes comportementales : pas de cris, pas de discussions trop fortes, évitez de rigoler. Et en conclusion : « Il y aura une grande régalade en cas de victoire. »

Des mineurs. Convoqués. Via le canal sportif de leur club. Sans que le caractère partisan de l’événement ne soit clairement énoncé. Avec une promesse de récompense collective conditionnée au résultat électoral.

Mourad Oualit a nié avoir donné consigne au club en tant que tel. Dans les heures suivant notre publication, des militants socialistes ont tenté de discréditer l’information en criant à la fake news. Sauf que l’entraîneur concerné a lui-même reconnu auprès de nos confrères de Rue89 Strasbourg avoir envoyé ce message. Les faits sont établis, confirmés, non contestables.

L’arc républicain a un sérieux problème de cohérence

Résumons. Le quatrième nom sur la liste de Catherine Trautmann pour les municipales de Strasbourg 2026 : une interdiction de gérer prononcée par la justice, une mention de condamnation pour abus de biens sociaux rapportée publiquement par un colistier adverse, un tweet #JeNeSuisPasCharlie posté le jour de l’anniversaire des attentats de Charlie Hebdo, une critique publique du PS en 2015, une critique publique de Macron en 2020, une fusion en 2026 avec les deux, et une polémique documentée pour utilisation d’un club sportif et de ses joueurs mineurs à des fins électorales.

Catherine Trautmann a fait de l’arc républicain son argument de campagne. Elle a exigé des autres qu’ils se positionnent face aux extrêmes. Elle a présenté sa liste comme un gage de sérieux et de responsabilité pour Strasbourg.

Avec Mourad Oualit en quatrième position, elle a un problème. Un problème qu’elle devra expliquer aux Strasbourgeois avant le 22 mars.