Le second tour des municipales de Strasbourg n’a pas encore eu lieu que la gauche socialiste est déjà en guerre interne. Un communiqué de presse signé Linda Ibiem, conseillère régionale socialiste du Grand Est, tire à boulets rouges sur l’alliance conclue entre Catherine Trautmann (PS) et Pierre Jakubowicz (Horizons) en vue du 22 mars. Un texte politique rare par sa virulence, qui met en lumière une fracture profonde au sein de la fédération socialiste du Bas-Rhin.
Une fusion qui scandalise la gauche strasbourgeoise
Le communiqué d’Ibiem est sans détour : Strasbourg serait, selon elle, la seule grande ville de France où un candidat socialiste choisit de s’allier avec la droite lors de ces municipales. Elle qualifie Catherine Trautmann de « cheval de Troie d’un macronisme à l’agonie », et dénonce une « tambouille d’appareil » au mépris des militants dont les cotisations financent la campagne.
La critique est d’autant plus acérée qu’elle touche à la cohérence historique de la figure Trautmann. Ibiem pose la question frontalement : que penserait la Catherine Trautmann de 1989 d’une telle alliance avec un parti héritier direct de Fabienne Keller ?
Comme notre rédaction l’a rapporté ce jour, cette fusion est doublement problématique : Jakubowicz la conclut sans mandat de son propre parti — Horizons ayant officiellement apporté son soutien à Jean-Philippe Vetter (LR) — et Trautmann la signe contre l’avis d’Olivier Faure, qui a déclaré publiquement que cet accord place ses signataires « en dehors du Parti socialiste ».

Un appel direct à Faure pour des sanctions
Dans son communiqué, Linda Ibiem va plus loin que la critique. Elle interpelle nommément le premier secrétaire du PS : « J’appelle Olivier Faure à prendre les décisions et sanctions qui s’imposent. On ne peut pas laisser une ambition personnelle entacher l’engagement de l’ensemble des militants socialistes. »
Elle pointe aussi une inégalité de traitement flagrante : quatre militants auraient été exclus en moins de 24 heures pour avoir figuré sur la liste de la majorité sortante. Elle exige la même rigueur pour les promoteurs de cette alliance avec la droite — « l’alliance de la carpe et du lapin », selon ses propres mots.

Linda Ibiem, une voix socialiste strasbourgeoise déjà engagée
Ce n’est pas la première fois que la conseillère régionale prend position avec force sur la recomposition politique à Strasbourg. En février, après avoir renoncé à porter sa propre candidature aux municipales, elle avait dressé un bilan sévère des divisions de la gauche locale, estimant que la gauche avait « d’ores et déjà échoué à se rassembler » dans la capitale alsacienne. À l’automne 2025, elle avait déjà répondu publiquement à Trautmann dans un contexte de tensions grandissantes au sein de la fédération du Bas-Rhin.
Au-delà des personnalités, c’est toute la mécanique interne du PS strasbourgeois qui est en cause. Ibiem n’épargne pas les instances nationales, qu’elle accuse de « laisser pourrir la situation dans la fédération du Bas-Rhin ». Pour elle, l’égalité de traitement entre militants — quelle que soit leur proximité avec les figures historiques du parti — doit être la règle, pas l’exception.
À cinq jours du second tour, le Parti socialiste strasbourgeois ne présente pas seulement deux stratégies concurrentes face aux urnes. Il présente deux visions incompatibles de ce que doit être la gauche à Strasbourg.
