À quelques jours du second tour des municipales à Strasbourg, la fusion des listes Catherine Trautmann (PS) et Pierre Jakubowicz (Horizons) crée une situation politique inédite — et embarrassante pour les deux camps.

Jakubowicz sans mandat, sans parti, mais avec une liste

Le verdict du premier tour du 15 mars est sans appel : Pierre Jakubowicz a obtenu environ 5% des suffrages — insuffisant pour se maintenir. Sa liste est hors-jeu. Ce mardi 17 mars, il annonce pourtant sa fusion avec Catherine Trautmann, arrivée en tête avec 25,93% des voix, devant Jean-Philippe Vetter (LR, 24,23%), Jeanne Barseghian (Les Écologistes, 19,72%) et Florian Kobryn (LFI, 12,03%).

L’objectif affiché : constituer un « arc républicain » face à la fusion Barseghian-Kobryn, et peser sur le résultat du 22 mars. Les deux listes avaient déjà collaboré au sein de l’opposition municipale, notamment contre le projet de tram Nord porté par la majorité écologiste — une opposition commune qui, selon Jakubowicz, traduit des « convergences programmatiques » réelles sur la propreté, la sécurité et l’attractivité économique.

Horizons soutient Vetter, pas Jakubowicz

Le problème surgit le même jour, depuis Paris. Le parti Horizons publie un communiqué officiel : sa Commission nationale d’investiture, présidée par Christelle Morançais, accorde son soutien à Strasbourg à Jean-Philippe Vetter — le candidat LR. Pas à Jakubowicz. Pas à Trautmann.

Jakubowicz fusionne donc avec la liste socialiste arrivée en tête… pendant que son propre parti soutient officiellement le candidat de droite arrivé deuxième. Une fusion que Horizons ne couvre pas, ne cautionne pas, et qui se fait entièrement sans lui. À 5% au premier tour, Jakubowicz mise sur cette alliance pour conserver un siège au conseil municipal — mais il le fait seul, sans le moindre appui de sa formation nationale.

Faure tire à vue depuis Paris

À gauche, la réaction ne se fait pas attendre. Sur X, le premier secrétaire du PS Olivier Faure condamne sans détour : faire gagner la gauche ne peut pas se faire au prix d’alliances avec des candidats Horizons, un parti qui s’allie partout ailleurs en France avec la droite dure pour battre la gauche. Il conclut que cet accord à Strasbourg place ceux qui l’ont conclu en dehors du Parti socialiste.

La formule est sans ambiguïté. Trautmann, ancienne grande figure du PS strasbourgeois, se retrouve ainsi désavouée par la direction nationale de son propre parti le jour même où elle annonce sa fusion.

Une alliance arithmétique, pas politique

Des deux côtés, les appareils nationaux regardent ailleurs — ou font front contre l’accord. Jakubowicz avance sans Horizons, Trautmann avance contre l’avis de Faure. Ce qui unit les deux listes n’est pas une ligne politique commune validée par leurs formations respectives, mais une logique de second tour : peser face à la gauche radicale, et préserver des sièges.

Strasbourg, à quelques jours du vote décisif, observe une alliance que personne — ni à droite, ni à gauche — ne revendique vraiment.