L’annonce de la fusion des listes Barseghian et Kobryn, le 16 mars 2026 au lendemain du premier tour, a provoqué des réactions sur les réseaux sociaux. Du côté de la communauté juive strasbourgeoise, le ton est grave — et les mots, sans détour.

Le CRIF Alsace : « Aucune compromission ne doit être possible »

Le CRIF Alsace a publié un communiqué qui ne laisse aucune place à l’interprétation. L’organisation pose d’abord le cadre historique : « Strasbourg est une ville marquée par l’histoire, par les combats pour la liberté, et par une mémoire particulièrement vive face à toutes les formes de haine.« 

Sur l’alliance elle-même, la position est tranchée : « Aucune alliance, aucune complaisance, aucune compromission ne doit être possible avec La France Insoumise. » Le CRIF Alsace dénonce ce qu’il décrit comme « l’installation et la banalisation » d’un mouvement qui aurait « fait de l’antisémitisme une passion et de la violence verbale un moyen de communication« . Le message final est adressé directement aux responsables politiques locaux : « Face à l’antisémitisme, il ne peut y avoir ni calcul politique, ni relativisation, ni silence. À Strasbourg comme ailleurs, nous appelons à ne pas franchir cette ligne rouge. »

Patrick Cohen, Radio Judaïca : l’histoire de Strasbourg engage une responsabilité particulière

Le président de Radio Judaïca Strasbourg, Patrick Cohen, a publié une tribune dans laquelle il mesure le poids symbolique de cette alliance pour une ville comme Strasbourg. Il écrit que pour « beaucoup de Strasbourgeois, cette alliance suscite une profonde incompréhension« , en rapprochant la majorité sortante « d’une formation politique dont certaines prises de position ont, ces derniers mois, provoqué de vives controverses dans le pays« .

Il rappelle ce que représente la ville : « Dans une ville comme Strasbourg, marquée par son histoire, par la présence d’une communauté juive ancienne et par sa vocation européenne, ces questions ne peuvent jamais être prises à la légère. » Et d’ajouter : « Strasbourg est une ville de dialogue, de responsabilité et de respect. Beaucoup attendent de leurs responsables politiques une clarté absolue sur ces valeurs fondamentales. »

Sur le plan politique, Patrick Cohen regrette l’absence d’alternative rassemblée face à cette union de la gauche radicale : « Face à une alliance aussi nette entre les écologistes et La France Insoumise, beaucoup espéraient voir émerger une dynamique de rassemblement permettant d’offrir aux Strasbourgeois une alternative claire. » Il pointe l’échec de ce rassemblement autour de la liste Vetter et conclut avec une sobriété qui dit beaucoup : « Dans un moment politique aussi décisif pour l’avenir de Strasbourg, l’intérêt supérieur de la ville appelait sans doute des décisions responsables et courageuses. Les électeurs trancheront désormais. »

Strasbourg, ville de mémoire, à l’heure du choix

Au-delà des équilibres électoraux — Trautmann à 25,9%, Vetter à 24,2%, Barseghian à 19,7%, Kobryn à 12% —, c’est une question de valeurs qui s’est imposée dans la dernière ligne droite de la campagne. Le CRIF Alsace et Radio Judaïca l’ont dit avec des mots différents mais un même message : à Strasbourg, ville européenne au passé particulièrement chargé, certaines alliances ne sont pas neutres. Le second tour du 22 mars tranchera.