À trois jours du premier tour des élections municipales, les commerçants strasbourgeois savent enfin ce que chaque candidat leur réserve. Les Vitrines de Strasbourg, l’association des commerçants de la ville, ont interpellé les têtes de liste sur 11 questions concrètes couvrant sécurité, stationnement, cadre de vie et soutien au commerce. Cinq candidats ont répondu : Virginie Joron (RN), Jean-Philippe Vetter (LR), Jeanne Barseghian (LE), Pierre Jakubowicz (Horizons) et Catherine Trautmann (PS).
Le document, publié sans modification ni filtre éditorial par les Vitrines de Strasbourg, offre une radiographie inédite des programmes à dix jours de l’échéance. Voici ce qui en ressort.
Sécurité : tous pour plus de policiers, mais pas la même police
Sur le renforcement de la police municipale, le consensus est apparent mais les ambitions divergent nettement. Jean-Philippe Vetter s’engage à passer de 153 à 200 agents sur le mandat et à créer quatre brigades de tranquillité publique dédiées au centre-ville et aux quartiers commerçants. Virginie Joron promet +50 policiers municipaux, une police active 24h/24 et 7j/7, et plusieurs brigades spécialisées dont une brigade dans les transports sur l’ensemble du réseau CTS. Pierre Jakubowicz, lui, veut également atteindre 200 agents, instaurer une brigade de propreté dédiée au centre-ville et une police métropolitaine des transports.
Jeanne Barseghian adopte un ton plus mesuré : elle cite une légère baisse de la délinquance selon les chiffres de la police nationale, tout en s’engageant à renforcer les effectifs et à déployer un poste mobile de police dans les quartiers et lors des marchés. Catherine Trautmann, de son côté, plaide pour une police de l’hyperproximité articulée avec une brigade des mobilités et un arrêté interdisant le protoxyde d’azote sur la voie publique.
Sur les sanctions, Joron et Vetter brandissent tous deux la « tolérance zéro », avec rétablissement de l’arrêté anti-mendicité agressive. Barseghian insiste sur le renforcement du continuum de sécurité entre forces de l’ordre et acteurs de proximité.

Stationnement : la guerre des gratuités
C’est le terrain où les clivages sont les plus nets. Virginie Joron réclame la gratuité immédiate du stationnement et la suppression des places violettes. Jean-Philippe Vetter propose une heure gratuite dans les parkings en ouvrage, une gratuité méridienne rétablie dès les premiers jours suivant son élection, et des places à 1 € de l’heure en voirie. Pierre Jakubowicz opte pour un tarif préférentiel à 2 € maximum entre 11h30 et 14h30, une baisse générale des tarifs de voirie au niveau pré-2023 et un forfait universel à 15 €/mois pour les professionnels et salariés.
Jeanne Barseghian refuse la gratuité méridienne, qu’elle juge inadaptée à un centre-ville accueillant plus de 600 restaurants et en pleine croissance de fréquentation. Elle défend le maintien des places violettes et propose de travailler sur une tarification incitative dans les parkings en ouvrage à l’heure du déjeuner. Catherine Trautmann promet quant à elle 30 minutes gratuites en voirie, au moins deux nouveaux parkings en ouvrage à l’est et au centre, et une tarification à 1 € les vendredis et samedis soir de 17h à 1h du matin dans les parkings en ouvrage.
Tous s’accordent sur la nécessité d’améliorer la signalétique et de développer de nouveaux parkings-relais aux entrées de ville.

Quartier des Halles et place de l’Homme de Fer : un chantier politique majeur
Le secteur Halles-Homme de Fer concentre une attention particulière. Jean-Philippe Vetter pointe le devenir du bâtiment Printemps comme un enjeu stratégique pour l’équilibre commercial de la zone. Jeanne Barseghian promet un grand projet de requalification co-construit avec commerçants et habitants, intégrant le parking Kléber et le stationnement vélo, en reconnaissant que les aménagements datant des années 1990 n’ont jamais été pensés pour la vie commerciale du secteur. Pierre Jakubowicz veut quant à lui ouvrir une réflexion urbanistique et architecturale pour désengorger le nœud de l’Homme de Fer et améliorer l’accès au parking Kléber.
Soutien aux commerçants : subventions, animations et loyers
Les Vitrines de Strasbourg percevaient jusqu’ici plus de 50 000 € de subventions annuelles. Virginie Joron s’engage à les augmenter après audit budgétaire et propose des marchés saisonniers permanents place Kléber ainsi qu’un label « Produit de Strasbourg ». Jean-Philippe Vetter promet une augmentation progressive des subventions aux associations de commerçants, un fonds municipal de soutien aux commerces fragilisés et un dispositif d’accueil dans les pas-de-porte vides avec loyer progressif. Jeanne Barseghian rappelle avoir augmenté de près de 15 % la subvention aux illuminations de Noël lors du mandat actuel et s’engage à poursuivre cette dynamique.
Catherine Trautmann va plus loin avec des propositions structurelles : loyers plafonnés dans les rues fragilisées, lutte contre les multipropriétaires laissant des locaux vides, plateforme de e-commerce local et label « Artisans du futur ». Pierre Jakubowicz mise sur un « Plan Marshall » pour le commerce de centre-ville, avec un engagement de 0 % d’augmentation de la fiscalité sur les enseignes et terrasses durant tout le mandat, ainsi que des prêts à taux zéro pour l’achat de fonds de commerce.

Ouvertures dominicales : prudence à gauche, ouverture à droite
Sur les dimanches exceptionnels hors Avent, Jakubowicz est le plus offensif : il se dit favorable à davantage d’ouvertures dominicales et à l’extension du périmètre touristique. Vetter envisage une évolution pragmatique ciblée sur les week-ends prolongés et les temps forts touristiques, dans le strict respect du volontariat. Joron plaide pour une concertation avec la préfecture et les syndicats afin de trouver un compromis entre attractivité et droit local. Barseghian et Trautmann ne répondent pas directement sur ce point.
Ce que disent les commerçants eux-mêmes
Les Vitrines de Strasbourg ont synthétisé leurs attentes concrètes tout au long du document : présence policière visible et sanctions effectives, signalétique et parkings-relais renforcés, gratuités ciblées, retour des poubelles et cendriers pour les commerçants, effacement rapide des tags, animations événementielles maintenues et management actif du centre-ville. Des demandes pragmatiques, ancrées dans le quotidien des rues commerçantes strasbourgeoises, qui tranchent avec l’ambition parfois large des programmes.
